Les plus grands tartuffes du féminisme sont souvent des hommes. On le constate tous les jours…

On les voit, en présence des femmes, qui tentent de se démarquer de leurs camarades, fustigeant leur trop-plein de virilité, et prennent des airs outrés à la première gauloiserie, pour mieux se désolidariser des indélicats et s’afficher sous leur plus beau jour auprès du faible. Des types comme ça, on en connaît tous. Et manifestement, Riad Sattouf est l’un d’eux.

Après son premier film, Les beaux gosses, qui connut en 2009 un succès mérité, le réalisateur choisit d’aborder avec Jacky au royaume des filles, sorti en salles mercredi dernier, la question des rapports homme-femme et, ce faisant, imagine une dans laquelle sont inversés les rôles traditionnellement attribués aux uns et aux autres.

En effet, en République démocratique et populaire de Bubunne, ce sont les femmes qui commandent, et les hommes qui se soumettent ! Vêtus de “voileries” austères, ceux-là se préservent et attendent avec impatience le jour où leurs mères consentiront à les marier. Jacky, lui, n’a qu’un rêve : devenir le « grand couillon » – comprendre par là l’époux – de la colonelle, fille de la dictatrice en place…

Le film de Riad Sattouf, qui certes n’est pas dénué d’originalité, puisqu’il se propose de réinventer une matriarcale autoritaire avec tout ce que cela suppose en termes de choix artistiques, n’en demeure pas moins une œuvre dont la vocation première est de promouvoir l’indifférenciation des sexes. Le réalisateur, dans toute sa candeur, ignore – ou feint d’ignorer ? – le lien pourtant évident entre le caractère masculin et l’autorité que suppose un tel régime militaire, et s’engage dès lors dans une réflexion biaisée, en comparant sa vision du réel avec une situation imaginaire incohérente en elle-même.

Aussi, son obstination à vouloir réduire l’inversion des rôles entre l’homme et la femme – le concept même du film – à une inversion de leurs psychologies, en faisant fi des organes reproducteurs et de leurs implications sur la psyché humaine, limite grandement l’intérêt du film. L’air de dire que ce sont les rôles au sein de la qui déterminent la psychologie des sexes et non l’inverse. Comme si tout le débat était purement et simplement culturel, comme s’il fallait dissocier la place des femmes dans la société de la morphologie féminine…

Cette idéologie déconstructiviste, postmoderne, on la connaît bien, c’est celle qui a animé ces jours-ci les débats à l’Assemblée nationale : la théorie du genre. Riad Sattouf a beau jeu d’affirmer auprès des journalistes que l’égalité entre les garçons et les filles est, selon lui, « le sujet du XXIème siècle », assertion qui peut légitimement laisser pantois, son film ne milite pourtant pas en faveur d’une quelconque égalité salariale mais plus manifestement en faveur de l’indifférenciation psychologique des sexes.

L’individu postmoderne n’ayant plus à subir les caprices de la nature, il peut en toute logique choisir son sexe, choisir sa sexualité, choisir son rôle au sein du couple ou de la société, se départir de ses conditionnements et « se faire tout seul », sans jamais rendre de compte à personne, avec toutes les dérives “pourtousistes” que nous connaissons actuellement…

Notons enfin que si le concept du film s’essouffle en cours de route, car jouant systématiquement d’un effet de comparaison avec la société patriarcale réelle, et que l’humour – plutôt bas de plafond – peine à provoquer le rire, la bonne humeur des comédiens transparaît à l’écran et contribue à limiter la casse.

Une étoile sur cinq.

2 février 2014

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.