[…] Sur France 2, dans l’émission d’Yves Calvi “Mots croisés”, on retrouvait Alain Finkielkraut. Toujours aussi éblouissant dans la dialectique et la maîtrise de la parole. Avec quelque chose de plus relâché, de moins dominateur dans l’attitude sauf quand, à juste titre, il s’est indigné de la couverture du Nouvel Observateur avec Éric Zemmour aux côtés de Dieudonné et de Soral et de sa déplorable mise en cause dans l’enquête (?) de Doan Bui et d’Isabelle Monnin.

Il ne m’a pas convaincu quand il a cherché à justifier l’interdiction administrative et le rôle salvateur de Manuel Valls. Non plus quand, regrettant l’irruption du sentiment à propos de la Shoah, lui-même est tombé dans cet inéluctable et compréhensible piège.

Je ne parviens pas à m’expliquer pourquoi, chez cet intellectuel d’élite et d’une honnêteté absolue, la lutte contre le racisme et l’antisémitisme passe forcément par l’acceptation d’un état de droit amputé.

Je persiste : un État n’a pas à traiter ses citoyens comme des enfants et n’a pas à détourner, par une pédagogie et des injonctions étouffantes, la liberté d’un public d’aller voir et écouter qui il veut. C’est faire ressembler notre à un régime totalitaire même s’il est en soie, de velours et pavé de bonne conscience.

[…] D’ailleurs, fallait-il que cette décision fût de rupture pour que l’honorable Jean-Marc Sauvé prît la peine de venir l’expliquer et la justifier dans avec force éloges sur le président Bernard Stirn !

Il n’y avait rien d’ignominieux à constater la simple corrélation entre le forcing quotidien et impérieux d’un ministre et une décision rendue en référé qui portait une atteinte jamais vue, infiniment préoccupante pour l’avenir, à la liberté des réunions et des spectacles. Il suffira de les présumer offensants pour éviter d’avoir à les juger coupables ou non. L’État avant pour se soustraire à la après !

Jack Lang, dans un entretien au Monde, questionné par Thomas Wieder, a remarquablement démonté, en technicien du droit public et en homme indépendant, les vices redoutables d’une telle démarche. Que vient faire le concept de cohésion nationale dans cette approche administrative ? Que vient faire la référence à un arrêt sur le devoir de mémoire ? Que vient faire l’irruption floue et dilatable de la dignité humaine dans une argumentation qui aurait dû d’autant plus se caractériser par sa rigueur, même sa froideur, et la volonté, l’honneur d’être insoupçonnable ? Comme André Vallini, le Conseil d’État en général m’inspire du respect mais en particulier, il n’est pas honteux de s’étonner.

Le courage, contre démagogie et conformisme, paie puisque Jack Lang, dans un dernier sondage, a délogé Manuel Valls de la première place. Le ministre rétrograde, comme d’ailleurs le président de la République. Le Premier ministre qui n’a pratiquement rien dit sur cette affaire remonte légèrement. Christiane Taubira s’est quasiment tue, ce qui frappe au regard de ses vingt mois de parole non opératoire. Une sympathie secrète pour Dieudonné et ses coups de boutoir, d’avant l’obsession antisémite, sur l’esclavage et la traite des Noirs ?

Dieudonné a repris ses représentations. Le Mur sans le racisme et l’antisémitisme. […]

Une victoire de la République, vraiment ?

Extrait de : Maux croisés. Et le gagnant est… Jack Lang !

16 janvier 2014

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.