Pour être tout à fait honnête, , ça n’était pas exactement Marilyn Manson. Pas plus que démesure, surexcitation et orgie de décibels n’étaient sa marque de fabrique. Tout au contraire, ce natif d’Oklahoma City (5 décembre 1938) faisait dans la discrétion, allant même jusqu’à inventer son propre style, le laid back, terme issu du jazz voulant qu’on joue tout en retenue, juste un peu après le tempo, histoire de ne pas trop se fatiguer à le rattraper. Bref, une sorte de country blues à écouter en chaise longue, un verre de vieux bourbon à la main…

Si sa longue carrière fut marquée du sceau de la discrétion, ses débuts se firent encore plus en douceur : quelques 45 tours sortis dans l’indifférence générale. Pourtant, un jour de 1970, alors qu’il tourne le bouton de sa radio, il reconnaît l’une de ses chansons, la face B d’un de ses 45 tours ayant atterri dans les bacs à soldes sans être même passé par la case magasin : After Midnight, interprétée par un jeune guitariste anglais répondant au nom d’Eric Clapton… Lequel le cite régulièrement lors de ses entretiens accordés aux journalistes, le tenant pour une influence majeure… alors qu’il est quasi inconnu !

Du coup, l’industrie du disque s’intéresse à J.J. Cale, qui publie quelques albums qui ne connaissent pas un grand retentissement. En revanche, de plus en plus de groupes reprennent ses compositions. Carlos Santana avec Sensitive Kind, puis Lynyrd Skynyrd avec Call Me the Breeze. Si la gloire n’arrive pas véritablement, les dollars de royalties, eux, commencent à pleuvoir… Pourtant, c’est avec Eric Clapton que le compagnonnage sera le plus long, ne s’achevant qu’avec sa mort, le 27 juillet dernier. Le summum ? La chanson Cocaine, raillant les mœurs narcotiques de la jet-set. Pas un concert de Clapton sans cette scie imparable de cinq accords, en rappel, généralement ; à tel point que tout le monde est persuadé que c’est ce dernier qui l’a composée…

Jaloux, J.J. Cale ? « Pas du tout », affirmait-il, il y a quelques années à la presse musicale américaine. « Avec Eric, on se partage les rôles. Lui transpire sur scène, passe sa vie dans les hôtels et les avions. Moi, je me contente d’attendre mon chèque, chez moi, en grattant ma guitare et en sifflant des bières. Ça me va très bien comme ça. » De fait, pas un album de Clapton depuis des années sans une petite reprise de ce paresseux notoire.

Mieux : en 2006 sortait le fort peu énervé The Road To Escondido, rassemblant les deux compères. Comme une sorte d’hommage d’Eric Clapton, guitar hero emblématique, à J.J. Cale, ce héros si discret. Chapeau bas devant l’artiste qui, ne s’étant pas épuisé sa vie durant, c’est le moins qu’on puisse dire, aura désormais toute l’éternité pour se reposer.

http://www.youtube.com/watch?v=2IZ9feKpJkk

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