Le directeur de l’IUT de Saint-Denis est accusé de “manipulation islamophobe” : il vient d’être suspendu de ses fonctions par le président de l’ 13 pour une durée de quatre mois renouvelables, dans l’attente de la décision de la section disciplinaire. L’accès aux locaux de son établissement lui est même interdit pour au moins trente jours. Il aurait, selon la présidence, qui met en cause sa probité et sa neutralité, déposé lui-même des tapis de prière dans le local d’une association étudiante musulmane pour accréditer la thèse d’une dérive communautaire. “Cette affaire est montée de toutes pièces”, a déclaré son avocat, qui s’apprête à déposer un recours en référé devant le tribunal administratif. On peut se demander quel intérêt le directeur de l’IUT aurait trouvé à monter ce scénario et si ce différend ne tire pas sa source d’ailleurs. Considérons donc les faits objectivement, tels qu’ils sont présentés depuis plus de deux ans dans la presse, pour essayer de nous forger une opinion réfléchie. Après tout, le coupable n’est pas nécessairement celui qui est ainsi montré du doigt.

Depuis le mois de mai 2014, l’IUT de Saint-Denis vit une grave crise interne. Son directeur, appuyé par une partie de ses professeurs, a accusé deux enseignants de s’être fait payer de multiples heures de cours qu’ils n’auraient pas assurées et d’avoir laissé une association étudiante faire du prosélytisme religieux. Il reproche au président de l’université son absence de réaction. Suite à ces accusations, il aurait subi, ainsi que des collègues qui le soutenaient, des intimidations antisémites, des menaces de mort, des agressions, une fausse alerte à la bombe… Belle ambiance dans un lieu d’enseignement, qui a conduit une première fois l’inspection générale de l’administration et de la recherche à enquêter, aboutissant notamment aux conclusions suivantes : donner une suite aux demandes de sanctions disciplinaires émises par le directeur de l’IUT, procéder à des retraits de salaire et de primes indûment versés, renforcer la vigilance à l’égard de certaines associations étudiantes qui, sous couvert de vente de produits alimentaires, font de la propagande religieuse. Une nouvelle inspection devrait porter sur la mise en œuvre de ces recommandations et sur les mesures prises par l’université et l’IUT pour gérer cette crise.

La présidence de l’université se défend en assurant que seules les heures effectuées ont été rémunérées. Du reste, l’un des enseignants visés aurait bénéficié d’une décharge syndicale quasi complète, ce sont les manœuvres du directeur qui l’auraient empêché de compléter son service. Elle ne fait pas mention d’une mission d’inspection conduite en 2005 sur les dysfonctionnements d’un IUP de la même université, alors dirigée par ce même enseignant. Elle vient de contre-attaquer par cette suspension, en accusant aussi le directeur d’avoir accordé à certains agents des congés indus et d’avoir signé une convention avec un organisme de formation qui se trouve être l’employeur de sa femme – ce qui n’a rien à voir avec l’objet principal du débat. De leur côté, les syndicats réagissent diversement.

Si l’on ajoute que le directeur de l’IUT est opposé au voile à l’université, qu’il est le récent lauréat du prix de la 2015 et que son action en faveur de la a été saluée par Manuel Valls, on est en droit de s’interroger sur les véritables dessous de cette affaire politico-syndicalo-financière – sans compter ses implications communautaristes. On s’étonne que la , si prompte à déclencher des instructions au moindre soupçon, n’ait apparemment pas encore cherché à éclaircir la situation. En tous points, une bien ténébreuse affaire…

12 novembre 2015

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