Culture - Discours - Editoriaux - Histoire - International - 29 juillet 2013

Italie : il jette des bananes à une ministre noire !

Dans le gouvernement de M. Enrico Letta, si difficilement constitué après les dernières élections législatives, figure, pour la première fois dans l’histoire de l’Italie, un ministre à la peau noire. D’origine congolaise, vivant en Émilie depuis l’âge de dix-huit ans, médecin de profession, et devenue italienne par son mariage, Cécile Kyenge s’est vu attribuer le délicat portefeuille de l’Intégration, ce qui ne paraît pas absurde compte tenu de la démographie transalpine, caractérisée depuis plus de vingt ans par la conjonction d’une natalité déficiente et d’une immigration massive.

Et alors ? Alors, pas plus tard qu’hier, tandis qu’elle prononçait un discours dans le cadre d’un meeting du Parti démocrate, à Cervia, dans le centre du pays, un individu à ce jour non identifié a jugé plaisant de jeter des bananes en direction de Mme Kyenge. Sans perdre son sang-froid, celle-ci a déploré qu’on gâche ainsi de la nourriture. Il y a quinze jours, le vice-président du Sénat et dirigeant de la Ligue du Nord, Roberto Calderoli, avait comparé le ministre à un « orang-outan ». Au mois de juin, une conseillère d’arrondissement de Padoue avait regretté que le ministre n’ait pas connu l’épreuve d’un bon viol, qui lui aurait fait comprendre de quoi il s’agit. Beaucoup de femmes africaines, hélas, ne le savent que trop. Il n’est de jour, enfin, que tel ou tel, militant ou non de la Ligue, qualifie la jeune femme de « zouloue » ou de « guenon noire »

Ceux qui parlent et agissent ainsi se flattent d’être de vrais Italiens, représentants d’un peuple de vieille et grande civilisation. Ils s’enorgueillissent d’appartenir à la race blanche, si évidemment supérieure par l’intelligence et la culture aux autres races, ou races inférieures. On se gardera d’assimiler de tels primates à des macaques, des babouins, des chimpanzés ou des gorilles, car il n’y a aucune raison d’injurier ces cousins éloignés mais si proches de l’homme. On se bornera à constater, ce qui ne laisserait pas de les étonner, que par leur comportement, leurs pensées et leurs gestes, les lanceurs d’insultes et de bananes s’excluent eux-mêmes de l’espèce humaine.

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