En Italie, tous les autobus ne mènent pas aux mais l’un d’entre eux, le 69, s’arrête juste en face du plus gros camp de la périphérie de Turin, à Borgaro, près de l’aéroport. Et les usagers de la ligne n’en peuvent plus : incivilités, vols et actes de se multiplient à bord. Une lycéenne manque de se faire voler son sac à dos et son portable ; une autre se fait agresser et brûler les cheveux ; un passager se fait cracher dessus ; le véhicule est vandalisé…

Excédés, ils organisent des pétitions, des manifestations et déversent leur exaspération sur des pages Facebook. “Les gitans nous attaquent”, “personne ne fait rien”, dénoncent-ils en chœur. Des vigiles sont appelés à la rescousse pour sécuriser la ligne mais l’expérience tourne court.

Dépassé par la situation, Claudio Gambino, le maire centre- (Partito Democratico) de Borgaro, s’est résolu à prendre une décision radicale : diviser la ligne de bus en deux trajets parallèles, dont l’un seulement s’arrêtera, au terminus, à quelques enjambées des baraquements roms. “C’est la meilleure solution pour tout le monde”, explique son conseiller municipal chargé des transports, Luigi Spinelli, membre du parti de la gauche écologiste SEL.

Dans une salle comble de la mairie où une réunion a été spécialement organisée le 23 octobre, la proposition de l’édile est applaudie avec ferveur. “Ce n’est pas du , c’est juste une façon de résoudre un problème qui dure depuis trop longtemps”, confient les élus. Les administrés sont soulagés et se sentent enfin entendus.

L’initiative de Claudio Gambino n’a pas manqué de faire bondir Roberto Calderoli, l’un des dirigeants de la Ligue du Nord : “L’hypocrisie de la gauche ne connaît pas de limites !”, persifle-t-il. “Si la Ligue avait suggéré des bus séparés pour les Roms, les accusations de racisme, de xénophobie, de nazisme auraient fusé !”, ajoute-t-il, en soulignant que le vrai problème qui se pose est celui de la citoyenneté pour les enfants d’immigrés.

À gauche, les réactions sont mitigées. Certains crient à l’apartheid. Ezio Locatelli, de Rifondazione Comunista, qualifie cette solution d’une “stupidité absolue”. Mais le maire campe sur ses positions : « La solidarité et l’intégration doivent se faire dans le respect des règles », rétorque-t-il.

L’Italie compte environ 150.000 Roms disséminés sur tout le territoire dans de nombreux camps illégaux. Les fréquentes tensions avec les citoyens avaient conduit , dès 2008, à mener une répressive, expulsant ceux qui ne pouvaient justifier d’une source de revenus. L’intervention du maire de Borgaro semble, en tout cas, recueillir les suffrages des internautes transalpins. D’après un du site Internet de La Stampa, 85 % d’entre eux se déclarent favorables à sa décision.

25 octobre 2014

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