Editoriaux - International - Justice - Politique - 3 août 2013

Italie : Berlusconi au trou !

Au terme d’un parcours judiciaire hérissé d’obstacles qui l’a vu épuiser toutes les voies de droit, sans négliger celles du tordu, après trente-trois procès gagnés, ou tout comme, par la grâce d’amnisties opportunes, à la faveur de la prescription ou par le biais de lois ad hoc, Silvio Berlusconi a enfin été rattrapé par la justice de son pays. Le Cavaliere a trébuché et vidé les étriers sur une haie qui paraissait pourtant à sa portée, puisqu’il ne s’agissait que d’une modeste fraude fiscale, pour le montant modique de sept millions d’euros. Bien peu de chose en vérité au regard des affaires de corruption ou de proxénétisme dont l’ancien Premier ministre s’était jusqu’à présent tiré sans dommages autres que personnels et moraux, indemne, impuni et éclaboussé de boue jusqu’aux yeux.

Les juges de la Cour de cassation ont en effet rendu définitive la condamnation à un an de prison ferme de Berlusconi, même s’ils l’ont dispensé d’exécuter sa peine eu égard à son grand âge, et laissé à la cour d’appel le soin de fixer la durée de son inéligibilité. Ainsi se termine, pour la première fois à l’avantage de la magistrature, un match de près de vingt années entre les tribunaux italiens et l’Arlequin qui leur tenait la dragée haute et se riait de leurs sentences. La comédie est finie.

Finie, vraiment ? Si les juges n’ont fait que leur métier, en conscience, et sans doute assez contents, au passage, de prendre leur revanche sur l’insolent, ils ne pouvaient ignorer la capacité de nuisance, intacte, du Cavaliere, et donc les moyens dont dispose celui-ci pour persuader la classe politique de trouver, une fois encore, une issue honorable au dossier d’un homme depuis longtemps déshonoré. Faisons confiance, sous ce rapport, à l’ingéniosité de nos voisins transalpins.

Fort des dix millions d’électeurs (30 % du corps électoral) qui lui font confiance, des trois cents parlementaires qui le soutiennent, des cinq ministres qu’il a délégués au gouvernement, Berlusconi tient en effet entre ses mains le sort de l’expérience et de l’équipe Letta. Et après tout, n’est-ce pas le suffrage universel qui, par trois fois, a porté au pouvoir ce pantin prodigue de belles paroles et de mirifiques promesses et si décevant sur le plan des résultats ? En condamnant Berlusconi, la justice italienne condamne dix millions d’Italiens comme lui fraudeurs, machistes, hédonistes, clientélistes, et attachés à une certaine façon de vivre et de faire de la politique. Pas étonnant qu’ils se sentent solidaires d’un homme qui leur ressemble. Le Cavalier est démonté mais ce n’est pas un cavalier seul.

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