Editoriaux - Histoire - Médias - Religion - Société - 19 janvier 2015

Islam et croix gammées : les tagueurs connaissent-ils l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ?

Les attentats islamistes contre Charlie Hebdo et l’hyper casher de Vincennes ont entraîné une hausse des actions malveillantes envers les mosquées. Même si elles restent bien moins nombreuses que les profanations d’églises catholiques, ces dégradations sont très médiatisées. Il s’agit souvent de tags hostiles à l’islam, régulièrement assortis de symboles nazis (croix gammées et insignes SS). Ce fut le cas récemment à Liévin (Pas-de-Calais) et à Louviers (Eure). Dans les années 1930, les SA peignaient des croix gammées sur les synagogues et les magasins juifs. Certains se croient inspirés en reprenant ce rituel à l’encontre des mosquées. Ces graffitis insultants sous-entendent que les nazis étaient opposés à l’islam. Or, l’examen attentif de l’histoire indique exactement le contraire.

Le régime nazi n’a jamais condamné l’islam. Les musulmans présents sur les territoires conquis par l’Allemagne n’ont pas été persécutés (Kosovars, Tatars de Crimée, Caucasiens…). Au contraire, Hitler et ses lieutenants avaient une certaine bienveillance envers cette religion. L’Allemagne a noué, dès les années 1930, des liens secrets avec des activistes arabes du Proche-Orient (opposés à la présence britannique). Le Grand Mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini, militant anticolonialiste et antisioniste, fut un fidèle allié de l’Allemagne. Accueilli à Berlin et reçu par Hitler en personne en 1941, il était le parrain d’un institut islamique monté par les nazis. Cet institut assurait une propagande à destination des musulmans d’Europe et du monde arabe. Le Grand Mufti et les dignitaires nazis se reconnaissaient de nombreux points de convergence : détestation du monde anglo-saxon et du communisme, vision du rôle de la femme dans la société et, surtout, haine des juifs. M. Al-Husseini affirmait : “L’Allemagne combat un ennemi qui est aussi le nôtre. Ayant parfaitement saisi la nature du juif, elle a décidé d’éliminer définitivement le péril juif pour mettre un terme au mal qu’il afflige au monde entier.”

Cette entente conduisit à la création d’une unité de SS musulmans en 1943 : la division Handschar (nom du sabre recourbé typique des pays orientaux). Le Grand Mufti assura la formation idéologique de ces 20.000 SS, principalement d’origine bosniaque. Alors que les aumôniers catholiques et protestants étaient exclus de la SS, Hitler insista pour que des imams accompagnent la division Handschar. Les menus sans porc ni alcool furent instaurés et les entraînements respectaient les cinq prières quotidiennes. Himmler, chef des SS, veilla personnellement à faire respecter cette religion : “Je n’ai rien à reprocher à l’islam […] c’est une religion utile et sympathique pour un soldat.” Les idéologues nazis, considérant ces populations comme supérieures du point de vue racial, inventèrent même le concept de « musul-germains » (supposant une parenté avec les mythiques aryens).

Le régime nazi n’avait aucune hostilité envers l’islam. Il se présentait même comme un ami des musulmans. Il est surprenant que, depuis des années, les journalistes fassent état de ces graffitis stupides sans jamais souligner leur contradiction historique. Vraisemblablement les médias, par crainte de « stigmatiser » l’islam, éludent volontairement cette collusion passée entre certains musulmans et les nazis. Quoi qu’il en soit, cette affaire démontre une fois de plus que le système médiatique privilégie l’approche événementielle fondée sur l’émotion. Toute réflexion, ici d’ordre historique, est malheureusement absente dans le traitement de l’information.

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