Editoriaux - Histoire - Médias - Politique - 17 janvier 2016

Islam bosniaque : retour sur un mensonge (fin)

Les premiers pas de la vie militante d’Izetbegović, l’ancien président bosniaque et chef du parti musulman, ont été systématiquement ignorés. Ils eurent lieu pendant la Seconde Guerre mondiale, juste après l’agression et la destruction de la Yougoslavie par l’Allemagne nazie en avril 1941. Izetbegović rejoint les Jeunes musulmans, organisation créée sous la houlette d’un Égyptien qui n’est pas précisément connu pour sa contribution à l’ « islam des Lumières » : il s’agit de Hassan el-Banna, fondateur des Frères musulmans.

Comme leurs tuteurs islamistes du Proche-Orient, les Jeunes musulmans bosniaques sont pro-nazis et collaborent avec l’occupant. Ils fournissent, en particulier, un nombre important de recrues à la division musulmane SS Handchar (« poignard »). Créée par Himmler et bénie en 1943 à Sarajevo par le tristement célèbre mufti de Jérusalem Amin al-Husseini, cette division se signalera en 1944 par de nombreux massacres de Serbes de Bosnie. Des faits compromettants pour l’ancien président de Bosnie mais qui n’ont pas été révélés à l’opinion. À l’évidence, ils avaient le tort d’aller à rebours de la campagne visant à angéliser les musulmans et à nazifier les Serbes.

Quant à l’écrit majeur d’Izetbegović, la Déclaration islamique, il connut le même sort. Publiée clandestinement en 1970, et republiée juste avant qu’Izetbegović ne parvienne au pouvoir en 1990, la Déclaration islamique a fort peu intéressé les médias. Sans doute l’idéologie qui traverse ce texte était-elle aux antipodes des idéaux de tolérance qu’on attribuait fallacieusement à son auteur. Dans ce texte, en effet, le futur héraut du « multi-ethnisme » semble préoccupé par deux idées fixes : la ré-islamisation des musulmans du monde et la construction d’un super État qui les rassemblerait « du Maroc à l’Indonésie et de l’Afrique tropicale à l’Asie centrale ». Quant au futur de la Bosnie, Izetbegović l’imagine à travers un modèle : le Pakistan. En clair, il s’agit de faire en sorte que se produise en Bosnie ce qui a eu lieu au Pakistan en 1947 : la sécession sur la seule base de l’islam.

Signalons enfin qu’en 1983, quelques années après le triomphe de la révolution iranienne (1979), Izetbegović fit allégeance à l’ayatollah Khomeiny lors d’un voyage clandestin à Téhéran.

Un passé qui pèsera lourd dans la balance. En particulier dans le refus des Serbes de Bosnie de se voir dirigés par un islamiste, de plus compromis, au moins indirectement, dans les exterminations massives dont ils furent les victimes dans la région entre 1941 et 1945.

Sauf que mobiliser contre les Serbes plutôt que d’informer a été la préoccupation centrale des médias. Pour entretenir la chimère d’un islam bosniaque tolérant et d’un président Izetbegović garant du « multi-ethnisme », ils ont occulté l’écrit politique majeur, le passé et l’idéologie d’un acteur central. Jusqu’à le faire passer pour le contraire de ce qu’il était.

Quant à la séparation presque étanche des trois communautés de Bosnie, gageons qu’elle ne sera pas avant longtemps l’occasion d’une autocritique de la part de ceux qui ont trompé l’opinion.

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