Armées - Discours - Editoriaux - Politique - 15 mai 2017

Investiture présidentielle : la République fait fi d’un serment !

Grandiose cérémonie d’investiture du Président Macron. Des amis, des invités, des uniformes, des ors, de la pompe républicaine, des discours, mais point d’engagement solennel de l’investi.

La France est l’une des rares, sinon la seule, démocraties qui accorde ses pleins pouvoirs au chef d’État, chef des armées, sans l’implication morale de respecter, par serment, la Constitution et les institutions de la nation.

Certes, jurer n’est pas la certitude que la promesse sera tenue. Nombre de « démocraties » dans le monde usent de cette procédure d’apparat, bien que leurs assujettis y dérogent sournoisement, voire effrontément. Mais dans un pays où la loi constitutionnelle est respectée et appliquée, cela peut conduire à une destitution en cas d’infraction grave et avérée.

En France, rien de cela. La voix du peuple est assez forte pour consacrer le nouvel élu. Entendons, la part du peuple qui l’a poussé – ou aidé à son corps défendant- vers les marches de l’Élysée…

Installé officiellement par Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel, celui-ci a commis un petit discours amical, teinté d’un brin de paternalisme et de référence littéraire d’un autre temps – pour ne pas dire d’outre-tombe ! -, comme un conseil bon enfant prodigué à un élu de chef-lieu d’arrondissement. Et l’assortissant de vœux de réussite, comme onction finale…

Pour le moins, et en dépit de velours carmin et de cordon en or massif, ça manquait un peu de panache et de solennité !
Cependant, creusant la Toile, je m’aperçois que je ne suis pas le seul à m’étonner d’un tel défaut d’assurance qui accorde blanc-seing au nouveau promu ! En effet, je déniche une proposition de loi déposée en juin 2005 par Hubert Haenel, alors sénateur – nommé plus tard, en 2010, membre du Conseil constitutionnel, et installé après avoir dûment prêté serment !
L’article proposé stipulait qu’avant d’entrer en fonction, le président de la République prête serment devant le Conseil constitutionnel en ces termes : “Je jure, comme président de la République, de loyalement remplir mes fonctions avec dignité, simplicité, exactitude et fidélité aux valeurs fondamentales de notre République. Respectueux de la Constitution dont je suis le gardien, je resterai toujours dans le rôle qu’elle m’assigne. Je le promets librement, solennellement et sur mon honneur.”

Sur mon honneur ! Tout un programme…

Cette proposition de loi, qui obligeait également les nouveaux présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale à la même prestation, ne fut pas suivie d’effet. En France, on prête peu de crédit aux sermons politiques. C’est sans doute pour cela qu’on ne croit pas davantage aux serments ?

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