Intervenir en Ukraine ? Quelle mouche a piqué le général Yakovleff ?

général Yakovleff

Le grand public ne connaît peut-être pas le général Yakovleff, et c'est dommage. D'autres officiers généraux français, plus fascinés par la lumière des médias probablement, se sont arrogés les ronds de serviette sur les chaînes d'information : on peut citer Jérôme Pellistrandi, de la Revue Défense nationale ; Vincent Desportes, remarquablement lucide jusqu'au moment où il a dit que nos soldats n'avaient pas le bac (anachronisme générationnel). Il y a aussi, évidemment, Dominique Trinquand, expert en tout, calé en rien, qui fut rédacteur du programme défense de Macron en 2017.

Michel Yakovleff n'est pas de ceux-là. Parfaitement bilingue en anglais, auteur d'un manuel de tactique de référence, ce n'est ni un béotien des relations internationales, ni un expert de salon. C'est un officier de Légion étrangère qui connaît bien le terrain, mais a également servi longtemps dans les états-majors de l'OTAN. Il n'aime, semble-t-il, ni les coups de menton ni le buzz.

Sa récente déclaration n'en est que plus surprenante à première vue. Le général vient en effet d'affirmer, le 17 août, sur LCI, que non seulement nous devrions donner des missiles sol-air aux Ukrainiens, mais que nous devrions également fournir des troupes pour les employer. Son argumentaire se tient et il le martèle calmement : c'est un matériel complexe à utiliser ; c'est une capacité clé pour protéger les populations ; et le fait de refuser d'être « co-belligérants » est une façon d'approuver le discours russe.

Certes. Pour autant, l'Ukraine n'est pas un pays innocent attaqué par un loup russe sanguinaire : cela, c'est le discours americano-ukrainien, et on sait que les deux camps mentent en permanence. Par ailleurs, l'emploi de l'artillerie sol-air par des soldats français serait un signal sans équivoque, alors même que nos généraux viennent de dire que l'armée avait besoin de remonter en puissance. Enfin, oui, comme le dit le général Yakovleff, l'Ukraine est seule à verser son sang, mais ce conflit est-il le nôtre ? Est-ce la peur irraisonnée d'une armée russe qui semble pourtant perfectible ou le simple bon sens qui nous poussent à ne pas envoyer de troupes au sol ?

Nous nous sommes déjà, selon le cruel mot de Viktor Orbán, tirés dans les poumons avec un train de sanctions inepte, dicté par la pure idéologie. Allons-nous ajouter l'engagement de soldats français ? L'opinion publique y serait prête : on lui a tellement martelé qu'il fallait « être en solidarité » avec l'Ukraine... mais les armées ?

Que cherche un intervenant de ce niveau, en assenant des messages aussi forts. Peut-être veut-il pousser le pouvoir politique à assumer sa ligne de conduite soumise à la propagande américaine ? Cela mériterait une explication...

Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

35 commentaires

  1. Les américains ont gagné les deux guerres mondiales ?
    Morts au combat en 14/18 : 55000 – 60000 de maladie
    Morts au combat ( en Europe ) :383000.

    Russes : 8600000 soldats. et 20 millions de civils
    C’est en grande partie le matériel américain qui a plutôt gagné la guerre, mais nous avons remboursé avec les intérêts.
    Les bombardements américains et anglais ont fait plus de morts civils en peu de temps, 70000, plus que les Allemands en 4 ans.

  2. Tant qu’une poignée de généraux à la retraite en mal de notoriété en restaient à brasser de l’air sur les chaînes d’information on pouvait se contenter de sourire. Mais dès lors que certains donnent des signes de folie furieuse, il faut d’urgence envisager des mesures psychiatriques radicales.

  3. L’ Ukraine fait-elle partie de l’Union européenne? De l’Otan? A ma connaissance, non. Alors qu’avons-nous à aller nous engager de manière formelle dans ce conflit qui signerait la mise en mouvement d’un engrenage mortel pour la terre entière?
    Mais insidieusement, il semblerait que notre président y soit tout à fait favorable et nous y prépare. Il n’est que de songer à son discours pour le 78ème anniversaire de la libération de Borme-les-Mimosas, il y a trois jours où il déclarait: » Il faut accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs… » On ne saurait mieux dire dans l’ énoncé évocateur d’un bouleversement majeur à venir.
    Une manière comme une autre de faire passer en pertes et profits la quasi faillite du pays, son insécurité latente, l’inflation galopante, et surtout l’incurie de son gouvernement et de lui-même.

  4. En tant qu’ancien officier général moi-même, je trouve cette attitude parfaitement ridicule, pédante et surtout éminemment suicidaire. En effet:
    – d’une part la France n’est absolument pas concernée par cette guerre d’autant que pour partie la Russie est dans son bon droit et que nos relations n’auraient jamais dues se dégrader si nous n’avions pas eu un président irréfléchi, inféodé et fantasque ;
    – d’autre part, quoiqu’en dise monsieur Florac, les Français ne veulent absolument pas s’engager dans cette folie macronesque et l’opinion publique est bien loin d’y être prête, du moins hors des cercles parisiens;
    – enfin, et presque surtout, parce que l’armée française ne fait aucunement le poids car inéluctablement on commencerait par quelques spécialistes et on finirait par envoyer les quelques rares divisions que nous détenons encore et en réaction justifiée l’ « ours brun » ne manquerait pas de lancer quelques missiles hypersoniques kindjal sur nos villes. Pour la France, il serait aussi inconvenant de mourir pour Kiev qu’hier de mourir pour Dantzig !

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