C’est chaque fois pareil. Quand les intermittents descendent dans la rue ou font un peu de bruit autour de la préservation de leur statut salarial, ça déchaîne des réactions de tous côtés, s’appuyant sur d’authentiques faits, mais occultant volontairement ou par ignorance d’autres éléments importants qui viennent relativiser, sinon remettre en cause globalement des conclusions par trop téméraires.

D’abord, le problème n° 1 des intermittents du spectacle, c’est la précarité de l’emploi. Il est bien évident que, pour l’écrasante majorité de ces professionnels du spectacle, ils préféreraient travailler à temps plein plutôt que d’attendre pendant des jours, des semaines ou même des mois un hypothétique appel téléphonique.

Par ailleurs – et les détracteurs ont bien raison de le souligner -, le monde de l’audiovisuel, et singulièrement dans le service public, use et abuse du statut d’intermittents qui finissent par travailler toute l’année pour le même employeur ravi de pouvoir disposer d’un contrat précaire, l’indemnisation chômage servant à payer les périodes de vacances.

Il y a, là, visiblement, un détournement, d’autant plus grave qu’il contribue pour une part non négligeable à plomber les comptes de l’UNEDIC.

C’est donc là que, prioritairement, les efforts doivent être portés par les pouvoirs publics pour mettre fin à des pratiques qui non seulement coûtent cher au contribuable mais donnent une image déplorable de l’intermittent en général.

Ensuite, il faut arrêter de parler de milliards, mais suivre plutôt le rapport d’une mission parlementaire du début de l’année 2015, émanant de la commission des affaires culturelles et sociales, récusant l’importance du déficit dénoncé par les détracteurs du régime spécifique. “Un régime qui couvre uniquement des contrats de courte durée est par nature déficitaire”, avait déclaré le député Jean-Patrick Gille.

Du milliard spectaculaire annoncé, la commission parlementaire plus réaliste était revenue à un déficit de 320 millions, ce qui n’est pas rien, mais loin du chiffre médiatisé qui ne tient pas compte du coût réel des artistes et techniciens du spectacle s’ils passaient au régime général.

Par ailleurs, si on comptait dans son ensemble les cotisations du monde des professionnels du spectacle, en incluant les permanents qui sont inscrits, eux, au régime général, on réduirait assez considérablement le déficit, ce qui aurait pour effet de rendre encore moins spectaculaire l’effet d’annonce.

Si l’on songe que plus des trois quarts des spectacles se déroulant dans l’Hexagone ne pourraient être produits sans la contribution des intermittents, il vaut mieux réfléchir à l’impact qu’auraient des mesures visant à rendre impossible la pratique de ce métier sur l’économie du pays générée par l’activité culturelle. Non seulement de nombreux festivals cesseraient pour la plupart, d’un seul coup, ainsi que beaucoup d’événements saisonniers comme le Puy du Fou, par exemple, mais beaucoup de théâtres et entreprises événementielles fermeraient leurs portes, réduisant l’attraction touristique de nombreux sites en France et induisant, par effet de domino, la fermeture de nombreux commerces, bars, hôtels, restaurants, boulangeries…

Il faut donc dénoncer les abus, mais il serait très mauvais pour l’économie de notre pays de mettre fin au régime spécifique des intermittents, sauf à créer une caisse unique pour tous les professionnels du spectacle confondus.

À lire aussi

Les grimaces de Mélenchon…

L’affaire ne pourrait être qu’une sorte de tragi-comédie un peu cocasse si elle ne cachai…