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Editoriaux - Politique - Presse - Radio - Société - 21 août 2016

Interdire le salafisme ?

Voilà la dernière lubie en vogue dans la classe politique cet été. Elle trahit encore, hélas, leur niveau d’incompétence et d’ignorance.

Car l’État islamique n’est pas “salafiste”. Il est khawarij : cet islam originel, celui de l’épée, antérieur à la division entre chiites et sunnites. Dans le Sinaï, l’État islamique local capture et livre les salafistes au Hamas, qui les torture et les livre à son tour à Israël… Orient compliqué. Entrer dans ces raffinements, c’est déjà trop. Vouloir cibler tel ou tel style de voile, telle ou telle tendance mahométane, c’est déjà obéir à une injonction d’apprentissage de l’islam.

La vraie question qu’il faut poser, c’est celle de notre société occidentale. Au Caire, on peut se promener partout de jour comme de nuit : c’est la grande métropole la moins criminelle du monde. L’appel du muezzin est une injonction puissante : 1 homme sur 5 a la trace du tapis de prière sur le front. Chez certains, c’est de la corne. En 2013, il y a deux fois plus d’homicides au Luxembourg qu’en Égypte (source).

Lorsque le pape tente de nous interpeller sur la question de la violence dans nos sociétés, c’est la bronca. Pourtant, il ne s’adresse pas qu’au dernier million de Français qui va encore à la messe, mais à un milliard de catholiques. Et il parle d’une réalité qu’il connaît bien : celle de la violence en Amérique du Sud. Dérangeant pour nos idées reçues, n’est-ce pas ?

Voici le message prosélyte ultime : dans la maison de l’islam, on vit en paix. À l’extérieur, c’est la maison du désordre et de la guerre entre « communautés ». La troublante réalité est que l’islam ne connaît que la violence politique, celle qui impose son modèle social et sa paix civile. Convertissez-vous, braves gens, vous aurez la paix.

Et nous, que proposons-nous ? Quel idéal ? Quelle paix civile ? Hier, sur une radio nationale, des féministes engagées défendaient le « burkini », une liberté pour les femmes, au même titre que le « topless ». Qu’importe, pour ces belles âmes, si dans la maison de l’islam, le voile est aussi celui des privations de tous les droits civiques et sociaux. Sur les plages, il semble que la cohabitation du voile intégral et des seins nus soit impossible. Quelle alternative sociale avons-nous à proposer ? Le chômage, l’insécurité, le mariage homosexuel et les familles décomposées ? Où sont nos fidélités ?

Anarchie post-chrétienne ou nouvel ordre islamique ? Le problème est devant nous, il ne vient pas d’une énième guerre civile interne en terre d’islam, ou de telle tendance musulmane aussi radicale que subtile. Il vient de nos faiblesses. Le temps presse. Ne nous trompons pas d’enjeu : celui d’une guerre insurrectionnelle, c’est le contrôle des foules. Pendant des décennies, nos élus ont laissé prospérer l’islamisation de pans entiers de notre territoire : ce n’était qu’un sursis, d’un mandat à l’autre, pour avoir le calme dans leurs fiefs électoraux. Celui de cette guerre, c’est la conversion des foules à l’islam, ou le regain d’une foi chrétienne authentique qui ne soit pas seulement une posture identitaire ou un salmigondis de laïcité républicaine et de spiritualité « new age ».

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