Tout peut se discuter. Tout peut être débattu. Mais pas avec n’importe qui. Avec Robert Ménard, c’est faisable et légitime. Il a pris, ici même, la défense des pro-vie qui veulent interdire l’avortement et qui seraient, selon lui, « diabolisés ».

Sur ce point, je ne peux qu’être d’accord avec lui. Étant partisan de la liberté, de toutes les libertés, y compris celle d’avorter accordée aux femmes, je ne saurais accepter qu’on empêche les pro-vie de s’exprimer.

Toutefois nous divergeons sur un point essentiel.

fait un parallèle, extrêmement hasardeux à mes yeux, entre l’abolition de la peine de mort et l’avortement, qu’il considère comme le maintien de la peine de mort pour les enfants à naître. Et d’ironiser sur les abolitionnistes qui refuseraient d’ôter la vie quand ça les dérange et qui l’accepteraient quand ça les arrange.

C’est — la polémique permet ce genre de raccourci – plein de bon sens en apparence. Un peu trop facile quand même. La peine de mort, et il ne peut l’ignorer, est une survivance de l’ancestrale loi du talion (qui a tué sera tué…). La plupart des sociétés civilisées l’ont abolie, ne voulant pas, à juste titre, se mettre au diapason des assassins. Quel rapport avec l’IVG ? Aucun.

J’entends bien l’argument assez classique des pro-vie comme quoi l’embryon, le fœtus est déjà un être humain et donc, que l’ serait le plus grand génocide de l’histoire, dépassant de loin la macabre comptabilité d’Auschwitz où fut déportée Simone Veil, initiatrice de la loi sur l’IVG. Cet argument est fallacieux (je passe sur l’utilisation, en ce cas clairement abjecte, du mot « génocide »). Non, guillotiner un être humain, fut-il un monstre, et avorter ce n’est pas pareil. Il se passe quelque chose dans le ventre d’une femme. Il y a quelque chose dans son ventre. C’est chez elle. C’est à elle. Ou alors, considérons-la comme une pondeuse ou une couveuse.

Supposons que les pro-vie aient gain de cause et que l’IVG soit interdite. Dès lors, en bonne logique, la loi punira les contrevenantes et leurs complices. Chaque année, avant Simone Veil, il se pratiquait en France des dizaines de milliers d’avortements clandestins. Est-ce de cela que les pro-vie veulent le retour ? Combien de devra-t-on alors construire pour accueillir les nouvelles criminelles ? Combien d’établissements pénitentiaires faudra-t-il ouvrir pour y enfermer avorteurs et avorteuses ?

La dernière fois qu’on guillotina une femme en France, ce fut le 30 juillet 1943. Ce jour-là, au petit matin, la tête de Marie-Louise Giraud roula dans le panier. C’était une avorteuse. Connaissant le poids des mots et le choc des photos (l’image d’un bébé ensanglanté illustrait l’article de Robert Ménard), je ne souhaite pas que la tête coupée de Marie-Louise Giraud figure à côté de mon texte.

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2 novembre 2012

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