Le ministre de l’Intérieur a annoncé, suite à l’affaire , l’interdiction de l’utilisation des grenades offensives par les gendarmes mobiles lors des opérations de maintien de l’ordre. Quel manque de clairvoyance et quel manque de courage de ce ministre qui condamne déjà la gendarmerie alors que la ne s’est pas encore prononcée !

Mais aussi, comment oser remettre en question notre doctrine d’emploi au maintien de l’ordre sur un seul cas alors que celle-ci a fait ses preuves depuis des décennies, et fait même école dans entier (comme l’a d’ailleurs rappelé lui-même le ministre) ? Cette doctrine est basée sur la graduation de la riposte à l’agression des forces de l’ordre. L’usage des grenades offensives par les gendarmes fait (faisait) partie de la panoplie disponible en situation extrême, lorsque la vie des personnels est mise en danger ou lorsque le chef militaire ne peut défendre autrement le terrain qu’il est chargé de défendre et remplir sa mission. Cet usage fait partie de la responsabilité du chef qui en donne l’ordre et qui doit en justifier.

Je ne sais pas ce que décidera la justice et quelle sera son interprétation de la situation qui sera décrite par l’officier ayant donné l’ordre d’utilisation de grenades offensives à Sivens, mais ce cas particulier, aussi dramatique soit-il, n’aurait jamais dû entraîner la remise en question d’une doctrine d’emploi exemplaire et bien établie.

J’ai été engagé dans une situation similaire en octobre 1981 sur le site en construction de la centrale nucléaire de Golfech. Jeune lieutenant de gendarmerie, mon peloton s’est fait agresser subitement par une centaine de casqués, armés, usant de cocktails incendiaires et de projectiles extrêmement dangereux. En quelques minutes, plusieurs de mes hommes étaient blessés assez sérieusement et nous étions encerclés. Mon seul salut a été l’emploi de grenades offensives permettant de nous dégager, de faire reculer les assaillants et de poursuivre l’affrontement avec ces casseurs dans des conditions « normales ». J’ai su par la suite que plusieurs blessés avaient été enregistrés du côté des assaillants, en particulier ceux cherchant à ramasser les grenades offensives pour nous les renvoyer. Si je n’avais pas eu ces grenades offensives en ma possession, il ne me restait que mon pistolet automatique. J’aurai alors risqué de tuer un ou des adversaires, ce qui n’était pas acceptable non plus.

Cette décision du ministre prive donc le chef militaire qu’est l’officier de gendarmerie de la possibilité d’utiliser des grenades offensives plutôt que son arme de service, dans des cas extrêmes et heureusement rares, mais qui risquent de se reproduire de plus en plus souvent, compte tenu de la extrême des situations de maintien de l’ordre actuelles. Le ministre de l’Intérieur en portera la lourde responsabilité. Les casseurs peuvent boire le champagne, ils ont gagné et je n’envie pas mes jeunes camarades qui devront expliquer cela à leurs subordonnés.

16 décembre 2014

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