Editoriaux - Santé - 18 juin 2019

Intelligence artificielle : vers une médecine sans humanité ?

medecin

Une étude de trois chercheurs de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris, publiée le 14 juin 2019 dans la revue Digital Medicine, portant sur une cohorte de 1.186 personnes, pour étudier le point de vue des patients sur le rôle de l’intelligence artificielle dans les soins médicaux, montre que la plupart d’entre eux refuseraient que les diagnostics ou actes thérapeutiques soient entièrement réalisés par des robots sans l’intervention d’un médecin.

L’intelligence artificielle va faire de tels progrès que certains pensent qu’à terme, on pourrait se passer de médecin, établir un diagnostic et un traitement à l’aide des données recueillies par l’interrogatoire et des capteurs externes, voire éventuellement implantés à l’intérieur du corps. Heureusement, pour l’instant, la plupart des patients n’y sont pas favorables.

Bien sûr, en théorie, cela sera possible, mais on oublie que l’humain est variable, et la norme peut être différente d’un individu à l’autre. Les algorithmes chargés de veiller sur notre santé se réfèrent à des données standards statistiquement validées, établies à partir d’un panel d’individus censés représenter la norme ; mais qu’en sera-t-il pour ceux qui seront de part et d’autre de cette courbe de Gauss, en raison d’une particularité génétique, d’une influence environnementale inhabituelle ou, tout simplement, de leur âge ? Parallèlement à cela, faudra-t-il refuser les soins à tous ceux dont le rapport « bénéfice/risque/coût » serait jugé défavorable par la machine ?

Alors, méfions-nous de ceux qui prétendent pouvoir bientôt résoudre tous les problèmes de notre fragile condition physique grâce au savoir qu’ils auront introduit dans leurs machines. Hélas, cela risque de tenter certains esprits qui voient dans ces réalisations l’aboutissement de leurs rêves peut-être insatisfaits ou l’épanouissement d’un orgueil sans limites.

Vouloir automatiser les procédures diagnostiques et thérapeutiques peut présenter un certain intérêt mais aussi entraîner de graves erreurs ! Cette évolution risque d’être favorisée par la difficulté qu’il y a, maintenant (à cause du manque de médecins), à trouver un praticien disponible pour recevoir rapidement un malade.

Si, sous couvert de scientisme, nous décidons de confier notre santé à des automates, nous acceptons une relation qui exclut toute empathie, toute chaleur humaine, cela même qui, en agrémentant les relations interindividuelles, permet souvent d’atténuer la douleur et la souffrance.

Même si dans certains domaines, la machine peut se révéler supérieure à l’homme, il faudrait veiller à ce qu’elle ne le remplace pas dans toutes les disciplines qui traitent de l’humain, et tout particulièrement en médecine, car là où la machine ne peut qu’apporter une réponse technique, même très pertinente, le médecin peut apporter une réponse humanisée parfaitement adaptée au cas du malade, prenant en compte non seulement son problème pathologique mais aussi tout son environnement moral, familial, culturel et social, quitte à ce que cette réponse perde un peu de sa pertinence en osant s’éloigner du consensus thérapeutique. C’est ce que les malades semblent avoir bien compris.

Il faut espérer que, dans l’avenir, le rôle du médecin ne se résumera pas à celui d’un technicien uniquement capable d’interpréter un arbre décisionnel anonyme.

Les machines savent déjà le faire !

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