Est-ce que la marche sur les œufs est une bonne méthode de gouvernement ? On se pose la question à l’écoute de M. Ayrault égrenant ce mardi 11 février sa « feuille de route » relative à la « politique d’égalité républicaine et d’intégration »… Le mot « consensuel » est tartiné à l’envi, ce qui n’est pas répréhensible en soi… Mais, mais, mais…

Égalité et intégration : il n’est pas mauvais, en effet, d’y consacrer un peu d’énergie entre une Suisse référendaire qui instaure des quotas pour accueillir ses travailleurs étrangers et le plus récent sondage hexagonal : il révèle que 34 % des Français partagent les idées du FN mais, contradictoirement, rejettent à 72 % la « préférence nationale ».

Devant cette soupe à la grimace tous azimuths, on relève que le gouvernement Ayrault ne fait preuve d’aucune audace. Vingt-huit points dont le plus volontariste est peut-être le serpent de mer du CV anonyme, décidé depuis longtemps mais abandonné car, paraît-il, inefficace…

Rien qui ressemblerait de près ou de loin à une rupture avec l’universalisme des principes républicains, à un petit pas vers les discriminations positives, à l’américaine, des droits civiques. Rien non plus dans l’enseignement qui favoriserait le communautarisme.

Au point, d’ailleurs, de verser dans l’absurde et dans le tir à balle réelle dans le pied tricolore.

Pas question, par exemple, dit en creux la « feuille de route consensuelle », d’un enseignement des langues d’origine comme le chinois et l’arabe. Dommage : nos commerciaux et industriels continuerons à négocier en anglais dans les immenses marchés de la Chine ou du monde arabo-musulman, alors que la maîtrise du mandarin (chinois) ou de l’arabe – c’est notoire – est aujourd’hui indispensable à la croissance et aux échanges mondiaux. Sans parler de l’hindi…

Tout cela est, bien entendu, de l’ordre du symbolique, à quelques semaines des élections municipales puis européennes, et compte tenu de l’échauffement énervé d’une société qui s’emballe dès qu’un fascicule scolaire parle de zizi (Pierre Perret, où est-il, ce corrupteur de la jeunesse ?) ou de papa faisant la vaisselle…

Comme me le dit une amie : « Si la gamelle était pleine, on n’entendrait rien de tout cela. » C’est vrai, mais la gamelle n’est pas près de revenir aux « Trente Glorieuses pour tous ». Alors, comment éviter la haine, le rejet de l’autre, la démangeaison électoraliste à la Copé et le Valium à la Ayrault ?

Relire Montaigne, tenir bon sur le principe selon lequel nous sommes tous des frères en humanité. Je n’ai rien d’autre à proposer.

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