Editoriaux - Histoire - Justice - 29 septembre 2015

Insultes et poignées de mains : l’habituel deux poids deux mesures

Récemment, je m’étonnai de la relativité avec laquelle l’on juge de certains propos ou certains actes. Par exemple, je constatai qu’Éric Zemmour fut traduit en justice (incitation à la haine raciale) pour les propos suivants : “[…] la plupart des trafiquants sont noirs ou arabes.” Cinq ans plus tard, Pierre Joxe, à l’antenne de RCF, affirme : « Aux États-Unis aujourd’hui, qui est en prison ? Avant tout des jeunes blacks. En France, qui est en prison ? Avant tout des jeunes, et des jeunes d’origine post-coloniale […]. À travers la France, 80 % des garçons qui sont pris dans des affaires de vol, de violence, etc., sont des post-coloniaux ».

Même traitement au niveau des insultes. Quiconque s’aventure à associer madame Taubira au singe connaît en principe son avenir. À part, curieusement, Dieudonné qui, dans une vidéo sur son site, dialoguait il y a un an en ces termes avec la ministre, mimant force singe et s’adressant ainsi à sa sœur « la guenon ». À notre connaissance, aucune poursuite.

Il en va de même de la poignée de main à travers l’Histoire. Une poignée de main de droite refusée n’a pas la même valeur juridique, idéologique, sémantique, dialectique, journalistique, qu’une poignée de main de gauche refusée. L’on se souvient de Sarkozy et son « Casse-toi, pauv’ con » ou, plus récemment, Valls recadrant sévèrement un pompier ayant osé l’identique non-geste de lèse-majesté. Il y eut aussi Kate Middleton aux Jeux paralympiques de 2012, essuyant un refus de la part d’un athlète iranien qu’elle décorait sur le podium. Ou en 2010, en Afrique du Sud, Domenech refusant de serrer la main de l’entraîneur du sélectionneur brésilien de l’Afrique du Sud, qui venait de battre son équipe d’ex-grévistes, constituée en grande partie, selon la terminologie de monsieur Joxe, de « post-coloniaux ». Pas une mince affaire, la poignée de main à travers les âges…

Sans oublier la problématique soulevée gravement pas l’islam : haram ou halal, la poignée de main entre une femme et un homme ? Sur le site islamophile.org, un « savant » répondant à la question angoissée d’un fidèle excluait d’emblée deux cas de figure. Le premier, il est formel : « Il est interdit de serrer la main d’une femme si cet acte est accompagné de désir ou d’excitation sexuelle » […] Le deuxième, il est formel : « Il est permis de serrer la main d’une vieille dame, sachant que celle-ci ne suscite plus de désir » […] Kate Middleton étant jeune et ne nourrissant probablement aucune intention de nature sexuelle à l’égard de l’athlète iranien en sueur, nous supposons que le problème se situait de son côté. Comment ? Non non, je n’ai pas dit comme d’habitude !

Et enfin, plus récemment, le maire de Béziers, Robert Ménard, après avoir essuyé le refus d’un enseignant de lui serrer la main, « aurait traité l’enseignant de “petit con” » et aurait rajouté « qu’il mériterait une gifle » (Midi libre). Suite à quoi une « réaction intersyndicale serait en préparation, et le souhait a été exprimé que le maire présente, à minima, ses excuses à l’enseignant ». Pourquoi pas ? Si Bedos, relaxé par la justice pour l’avoir traitée de “salope” et “conne” dans un spectacle à Toul, présente les siennes à madame Morano ? Qu’en pense la « réaction intersyndicale » ?

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