Mais quel brûlot avait-il commis pour enflammer la presse d’État et faire monter au créneau tous les pourfendeurs stipendiés du régime, le contraindre à prendre la poudre d’escampette et annuler sa promo ? Pour le savoir, je me suis précipité jeudi au Relay de la gare Montparnasse, prudent, entre deux patrouilles de paras en armes. Je demandai au vendeur un sac noir pour dissimuler l’objet de ma curiosité. Avide, de retour chez moi, le sulfureux ouvrage fut dévoré dans la nuit, en cachette, sous les couvertures : pour qu’on ne détecte pas la lumière de l’extérieur. J’habite à la campagne et, dans toutes les guerres, les lueurs nocturnes attirent les bombardements.

En haleine jusqu’à la dernière page, gardant un œil sur les news de la traque des , mon excitation retomba au petit matin : si on retrouve bien la figure connue du héros moderne houellebecquien (dépressif, égotique, addictif, érotomane, alcoolique, tabagique), je fus bien en peine d’y trouver la moindre trace d’un délice zemmourien ou d’un calembour lepéniste.

La nuit suivante fut occupée à la réflexion. Qu’est-ce qui, dans ce bouquin, a bien pu lui donner une telle dimension après le dénouement des attaques de cette semaine ? Rien. L’auteur décrit une qui se laisse vaguement aller à l’, sans grande conviction, tendance financée par les puissances du Golfe, émaillée de quelques échauffourées çà et là, mais perçue comme tranquillement inéluctable, et finalement peut-être souhaitable pour la paix civile. Tellement plat, si tranquille, si peu apocalyptique que de fausses citations ont circulé sur Internet ! Le titre concerne en réalité les femmes, objet de toutes les déviances de l’auteur, et dont il imagine la soumission comme point final à ses préoccupations érectiles et ses pathologies érotiques.

En refermant un tel odieux pamphlet, je m’étonnai que la presse n’ait pas plutôt colporté des rumeurs de menaces néo-nazies contre Houellebecq. En éléments de langage, ça aurait été vachement plus efficace et ça aurait un peu alimenté la croisade contre l’ qui commence tout juste à s’ébranler. Car rappelons-le, sans cette diabolique insidieusement distillée dans le cœur des Français telle une peste brune, point de légitime réaction violente de la part de ceux qui ont appris le Coran par cœur.

Alors, pourquoi ce raté face à une telle opportunité ? Eh bien parce que le Boboland craint pire que la réaction d’une poignée de néo-nazis. Ce que Michel écrit les choque, non pas pour le contenu en soi, ni pour la réaction qu’il pourrait provoquer chez les musulmans, ni pour sa propre personne qu’il mettrait à nouveau en danger. Ce qu’il dit heurte les “experts” qui nous gouvernent depuis leurs cercles, car le populo qui sait lire pourrait se cabrer.

Michel est dangereux : il est comme un type qui vient chuchoter discrètement à l’oreille d’un comateux qu’il va se réveiller dans un monde différent, qu’on est en train de lui changer, alors que personne ne sait quand le patient va se réveiller, ni dans quel état, ni même s’il entend… Et cela, c’est intolérable, inacceptable. Surtout dans ces moments « d’unité nationale » autour de dirigeants faillis qui ne représentent plus rien. Y a-t-il plus de monde dimanche qu’aux Manifs pour tous ? Moi, je n’ai pas défilé derrière des dirigeants qui appliquent invariablement la même politique depuis 40 ans sans la moindre remise en question. Et certainement pas sur ordre de l’ancien ministre de l’Intérieur. On ne décrète pas une manif. C’est au peuple de décider. Nous manifesterons quand nous aurons la paix par la victoire. Et surtout, j’aimerai connaître l’opinion de Bergé sur l’éventualité d’un à la de dimanche 11 janvier 2015.

12 janvier 2015

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