Discours - Editoriaux - 6 juin 2016

Inondations : un retour du lyssenkisme ?

J’ai été invité par un ami, il y a bien longtemps, à militer dans un RIAC (Réseau initiative action climat), réseau dont le but était la sensibilisation du public au réchauffement climatique et aux conclusions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le discours à tenir était qu’il allait pleuvoir plus là où il pleuvait déjà beaucoup, moins là où il ne pleuvait pas assez, faire plus chaud là où il faisait déjà chaud et plus froid là où il faisait froid, et enfin que les événements violents le seraient de plus en plus et se multiplieraient. Il est vrai que le réchauffement n’étant pas systématiquement considéré comme une catastrophe en Bretagne, il fallait mettre le paquet.

Ce catastrophisme relevait, évidemment, plus de la punition divine, d’une sorte de huitième plaie d’Égypte à l’époque de la mondialisation, que de la prévision scientifique.

À l’heure où le péché originel est un peu sorti des églises, les écologistes le font rentrer par la grande porte. Il ne suffit plus d’être responsable et coupable de la colonisation, de l’esclavage, du machisme, de la corruption, et j’en passe, il faut aussi être intrinsèquement coupable de respirer et de consommer.

Non contents de proférer des contre-vérités, ils vont plus loin : Yann Wehrling, dans le JDD.fr, regrette que les scientifiques fassent preuve de prudence quand ils disent qu’on ne peut lier les récentes inondations au changement climatique ; il leur enjoint “sans tordre leur rigueur scientifique” de “prendre leurs responsabilités” en laissant entendre qu’elles pourraient bien être une conséquence du réchauffement et qu’elles seront de plus en plus fréquentes. C’est-à-dire qu’il demande aux scientifiques de ne plus l’être. Le grand retour au lyssenkisme, en quelque sorte !

Il ne lui suffit plus de dire n’importe quoi, il faut que les scientifiques fassent pareil !

Qu’il y ait eu des crues dramatiques au XIXe siècle, puis en 1910, ne l’arrête pas, que les réservoirs construits en amont de Paris n’aient servi à rien puisque cet épisode pluvieux a eu lieu à un moment où ils sont pleins en prévision des relargages pendant l’étiage estival ne l’arrête pas, rien ne l’arrête. Il faut crier au loup ! Invitons-le à lire ou à relire Ésope et sa fable du garçon qui criait au loup.

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