« Vous êtes bien sur France Inter », dit le slogan. Vous êtes bien sur une station de radio d’État financée à 90 % par la redevance audiovisuelle, « généraliste » et « nationale ». Patrick Cohen interroge Marine Le Pen à la manière d’un enquêteur de la Stasi, Thomas Legrand dénonce les vraies racailles du XVIe arrondissement, Bernard Guetta chante les bienfaits irréfutables de l’, Dominique Seux enseigne les vertus du néo-libéralisme. Vous êtes bien sur France Inter, en plein « 7/9 ». Il n’y a pas de doute possible.

N’ayant jamais eu le courage de tourner le bouton au moment du réveil – c’est souvent ainsi que les mauvaises habitudes se prennent –, je fais partie des quelques trois millions et demi d’auditeurs du « 7/9 ». Et parmi ceux-ci, je suis membre du club masochiste qui s’impose, entre une revue de presse et un reportage proprement réalisés, des chroniques et des « billets » qui me rendent fous de colère ou d’indignation. Gageons que l’arrivée de la publicité commerciale me guérira de ma veulerie.

Des chroniques et des billets, donc, distillés d’heure en heure, et qui font une étrange impression – celle que l’on peut ressentir également devant son écran, durant la grand- de Laurent Ruquier. Que suis-je en train d’écouter ? se demande-t-on. Que disent ces voix ? Quelle est la nature de ce spectacle ? L’information, le divertissement et la propagande s’y mêlent de façon si naturelle, si habile, qu’on ne sait plus très bien comment les identifier, dans ce brouhaha informe, dans cette vaste blague à visée pédagogique.

Journalistes, experts, politologues et humoristes semblent tous participer d’une même abstraction, d’une même bouffonnerie sinistre, d’une même moraline. Les politologues font des papiers tordants de bêtise, les comiques font des sermons glaçants de bêtise – la grande bêtise règne sur les ondes, le grand rire sérieux et comminatoire, la grande bouillie intellectuelle.

C’est la triste Sophia Aram, qui pique sa colère contre les électeurs du Front national, ces « gros cons ». C’est l’affligeant Alex Vizorek, qui tente de tourner en ridicule, à ses dépends, le parcours politique de Gilbert Collard. C’est, tout récemment, la suffocante Nicole Ferroni, qui persifle indigemment contre Marion le Pen, ou encore la très barbante Charline Vanhoenacker, qui beugle : « Nicolas Dupont-Aignan, c’est l’extrême-droite light, l’autoritarisme mou. Ou si vous préférez, le racisme poli ». L’extrême-droite, Le Pen, Adolf Hitler – routine de l’humour policier.

Ôtées les grimaces et les intonations puériles de la voix, rien ne distinguerait ces « billets » des éditos politiques de l’émission, eux-mêmes simples tribunes de la « gauche bohème ». Analyse et dérision se confondent et se noient dans l’esprit des auditeurs ; renseignement et militantisme, indifférenciables, se servent mutuellement pour la victoire d’une seule et même caste orwellienne.

3 avril 2016

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