En haut, ou ailleurs, il y a le CSA, le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Ce bidule, présenté comme une « autorité publique indépendante », a été créé en 1989 pour garantir la liberté, l’indépendance et l’impartialité du secteur public de l’information, c’est-à-dire, en gros, France Télévisions et Radio France. Depuis 2013, c’est Olivier Schrameck, l’ancien directeur de cabinet du Premier ministre Jospin, qui préside le CSA, succédant à Michel Boyon, ancien directeur de cabinet du Premier ministre Raffarin. Tiens, tiens !

Au-dessous, il y a France Télévisions, grosse entreprise qui vient juste de changer de président. Après cinq ans de présidence Pflimlin – catalogué plutôt à droite – arrive Delphine Ernotte, la candidate d’Olivier Schrameck. Car celui qui nomme le président de France Télévisions, c’est le CSA et non le président de la République, le Premier ministre ou le ministre de la Culture : comme cela, on est sûr que l’indépendance est sauvegardée. La nomination de la dame a donné lieu à d’âpres tractations, mais elle l’a finalement emporté. Fleur Pellerin, dont elle est très proche, s’est immédiatement fendue d’un long communiqué de félicitations. Elle a pris officiellement ses fonctions hier.

Jusque-là, rien que de très… normal : une autorité indépendante a nommé une personnalité indépendante pour diriger, en toute indépendance, la télé publique à péage.

Euh… petit rappel : « Moi, président de la République, je n’aurai pas la prétention de nommer les présidents des chaînes publiques, je laisserai ça à des instances indépendantes », prévenait l’anaphorique amphigouri du candidat Hollande, repris dans son engagement n° 41. Tenu ! Il ne nomme pas, il sous-traite à des potes. Bien joué, Monsieur le Président.

Et puis surgit Germain Dagognet. Lui, c’est un copain de Schrameck, ou plutôt un peu son poulain. Lorsqu’en 1989 Schrameck était directeur de cabinet du ministre de l’Éducation nationale – un certain Lionel Jospin -, le jeune Dagognet était son chargé de communication. Forcément, ça crée des liens. Eh bien il vient d’être bombardé numéro deux de l’information sur France Télévisions. On raconte même que le patron de l’information, Pascal Golomer, n’a pas été consulté sur la nomination de son nouveau bras droit. Bonjour l’ambiance !

Le bonhomme a fait une grande partie de sa carrière à TF1 où il était encore, il y a peu, rédacteur en chef des journaux de Claire Chazal. Les méchantes langues ricanent sur l’audience en chute continue des journaux de l’inépuisable madone des écrans et susurrent que France Télévisions vient de s’offrir un crack un peu faisandé. Si ce n’est pas pour ses qualités professionnelles que la neuve Delphine a fait venir le Chazal’s boy, alors pourquoi ?

Quoi qu’il en soit, la « schrameckisation » du système audiovisuel et de son organe de contrôle, le CSA, jette un doute sur l’objectivité journalistique du « service public de l’information », lequel service aura fort à faire sous peu avec les élections régionales de décembre. Mais, évidemment, nominations et élections ne sont absolument pas corrélées. Évidemment ! Puisque l’on vous dit que tout cela baigne dans l’indépendance la plus pure !

24 août 2015

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