Rien de ce qui concerne la Corse ne laisse indifférent. […]

Dans la nuit du 24 au 25 décembre, vers minuit trente, un incendie a été volontairement allumé pour attirer les forces de l’ordre et les pompiers dans un guet-apens où on leur a jeté des projectiles en les molestant. Ils ont dû se réfugier dans leur fourgon criblé d’impacts de clubs de golf. Cependant, deux pompiers ont été “sérieusement blessés” et un fonctionnaire de plus légèrement.

Selon la préfecture, “de nombreux jeunes encagoulés étaient impliqués dans les échauffourées”.

À la suite de ces graves incidents, le 25 à 16 heures, quelque 600 personnes ont manifesté dans les rues d’Ajaccio après s’être rassemblées devant la préfecture.

La moitié de cette masse, paraît-il chauffée à blanc par les jeunesses indépendantistes, est allée dans le quartier Saint-Jean pour une expédition punitive inspirée par la solidarité à l’égard des pompiers. Le nouveau président du conseil de Corse, Gilles Simeoni, avait tweeté : “Honte à ceux qui ont fait ça !”

En langue corse, on hurlait “Les Arabes dehors” et “On est chez nous”.

Un lieu de culte musulman était vandalisé et des Corans brûlés.

Une autre salle de prière visée était aussitôt protégée par les gendarmes (Le Parisien, Le Dauphiné libéré, lefigaro.fr).

Le 26 dans l’après-midi, environ 300 personnes revenaient dans le quartier des Jardins de l’Empereur après avoir forcé le barrage mis en place par les policiers et en criant : “On est toujours là !”

Le préfet a pris un arrêté interdisant de “manifester dans ce quartier” jusqu’au 4 janvier. On peut craindre que ce soit comme jeter de l’huile sur le feu corse !

À la suite de tous ces événements dramatiques, les autorités politiques, au moins initialement, ont cherché à maintenir une balance égale entre le guet-apens et les attaques des pompiers et des policiers d’un côté, et de l’autre la “profanation inacceptable”, pour reprendre l’expression du Premier ministre. Le ministre de l’Intérieur, sur cette ligne, dénonçait “des exactions intolérables aux relents de racisme” et fustigeait, à la fois, “l’agression inadmissible des pompiers et des policiers”.

À tort ou à raison il m’a semblé qu’après ce souci d’équilibre, on a plutôt, peu à peu, en tout cas médiatiquement, mis l’accent sur le saccage de la salle de prière. Alors que je suis aussi indigné par celui-ci que par le malfaisant piège organisé la veille à l’issue duquel, selon les intervenants en mission, “on avait frôlé la catastrophe”.

La dégradation est odieuse et, même si les manifestants poussés par je ne sais quel mot d’ordre ont eu sans doute l’impression, dans cette frénésie collective qui égare, de “faire justice”, celle-ci était aussi aveugle que sommaire. Cette exacerbation a pris un tour honteux parce qu’elle a préjugé une quelconque culpabilité musulmane et a dévasté un lieu de culte, prétexte à une fureur inadaptée.

La Corse pour le pire, en l’occurrence.

Je veux toutefois, au nom de l’honnêteté, révéler mon sentiment profond.

Le guet-apens tendu aux policiers et aux pompiers était une démarche criminelle qui a suscité à Ajaccio une indignation populaire immédiate, car je ne veux pas croire que cette multitude avait forcément besoin d’une injonction pour se mobiliser. La France continentale, dans certaines cités vite qualifiées de non-droit pour justifier la faiblesse de l’autorité de l’État et les carences des services de sécurité, connaît elle aussi ces agressions contre policiers, pompiers et médecins mais jamais les protestations n’ont fait l’objet d’une réactivité aussi civiquement fondée.

La Corse pour le meilleur, sur ce plan capital. […]

J’ai ce cauchemar : une population exaspérée s’en prenant, à cause de quelques-uns, à des musulmans tranquilles avec, au milieu, l’État impuissant !

Extrait de : La Corse pour le meilleur et pour le pire…

27 décembre 2015

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