Economie - Editoriaux - Justice - Table - Union Européenne - 6 décembre 2014

Impôt sur le revenu : un trou à 6 milliards et pas mal de brouillard

C’est Noël avant l’heure ! Michel Sapin apporte dans sa hotte une bonne nouvelle au milieu d’un océan de chiffres catastrophiques qui illustrent tous l’amateurisme d’un gouvernement aux abois. Le déficit 2015 ne sera « que » de 4,1 % au lieu des 4,3 % prévus. Alléluia, la France est sur le chemin de la rédemption. Il ne reste plus qu’à régler certains détails, comme le trou de 6 milliards d’euros de l’impôt sur le revenu.
 
Ça se confirme, Hollande et ses amis sont vraiment fâchés avec les chiffres. Dès lors, monter un budget crédible apparaît compliqué. La nouvelle est passée presque inaperçue grâce à l’immense surprise d’un déficit 2015 en baisse de 0,2 %, mais les 6,1 milliards d’euros de trou de l’impôt sur le revenu sont inquiétants. Très inquiétants. Comment expliquer des rentrées fiscales aussi éloignées des prévisions ?
 
La faute à pas de chance, à la crise, à l’Europe ou au réchauffement climatique… Qui sait ? Christian Eckert, secrétaire d’État au Budget à qui un bambin aurait tort de confier la gestion de sa tirelire, explique que c’est « l’importante moins-value sur les revenus des capitaux mobiliers » conjuguée à la baisse des bénéfices des artisans qui intègrent ces sommes dans leur revenu imposable. À cela s’ajoute le milliard généreusement alloué aux plus démunis et à une mystérieuse réduction de l’écart de 2013. Des explications pour le moins fumeuses, on admettra.
 
Un petit rappel à la réalité s’impose. À force d’augmenter les impôts, ce que tout le monde annonçait (sans prise de risque aucune) a pris forme. Une pression fiscale trop importante conduit à une baisse des rentrées d’impôts. Les entreprises sont asphyxiées et licencient, les nouveaux précaires sortent de l’impôt sur le revenu et consomment moins. L’économie tourne au ralenti et l’État peut toujours attendre désespérément l’argent des Français, il n’y a plus rien à croquer.
 
Mais même pas peur ! Le gouvernement est tellement bon qu’il a décidé il y a plusieurs mois de se compliquer un peu la tâche en se privant de la première tranche de l’impôt sur le revenu. Neuf millions de foyers fiscaux (représentant 3,2 milliards d’euros) en moins et un signal toxique : seule une frange de la population doit être confrontée à l’impôt. On a connu mieux pour la cohésion nationale et la fameuse « justice sociale ». Les socialistes cassent tous les instruments économiques et sociaux et, dans le même temps, tablent sur une hausse de 1,2 milliard d’euros des recettes liées à l’impôt sur le revenu en 2015. Logique. Le prochain “trou” promet, lui aussi, d’être d’un gabarit respectable.

Avec une telle équation, il faudra faire appel à plusieurs prix Nobel d’économie (embauchés en emplois d’avenir ?) pour trouver une solution et ne plus être la risée de l’Union européenne. L’avenir s’assombrit encore un peu plus et ce n’est pas le déficit de 4,1 % au lieu de 4,3 % en 2015 qui changera quoi que ce soit. Car cette belle surprise n’en est pas une. Michel Sapin revient juste sur les prévisions qu’il livrait il y a à peine trois mois. Quelques mois plus tôt encore, le déficit était censé atteindre la barre symbolique des 3 %. Le gouvernement continue de jouer au yo-yo avec les chiffres jusqu’au jour (pas si lointain) où la ficelle cassera.

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