Dénoncer le deux poids, deux mesures devient un exercice lassant autant que répétitif. Et qui, justement, à force d’être rabâché, finit par perdre de sa pertinence. Et pourtant…

Pour quelques propos, somme toute anodins, l’immunité parlementaire de Marine Le Pen vient d’être levée au Parlement européen. L’occasion de saluer la rectitude morale et le courage d’un Daniel Cohn-Bendit qui, sur France Inter, expliqua en début de semaine devant un Patrick Cohen éberlué, pourquoi il avait voté contre ladite levée d’immunité. En résumé : une telle sanction ne peut se justifier qu’à cause d’actes délictueux, et non point pour de seules saillies verbales – qu’il dénonce par ailleurs –, mais qui relèvent d’une tradition de liberté d’expression à laquelle le plus célèbre des « juifs allemands » parait être indéfectiblement attaché.

Mercredi dernier, c’est une autre levée d’immunité parlementaire, au cette fois, dont il est question. Celle de Serge Dassault, patron du Figaro, 89e fortune mondiale selon le magazine Forbes, et maire de Corbeil-Essonnes de 1995 à 2009.

Là, ce n’est pas pour quelques propos tenus à l’emporte-pièce que le plus vieux sénateur de France (88 ans) se trouve dans le collimateur de la justice ; mais pour des faits autrement plus graves. On passera sur l’invalidation par le Conseil d’État de son élection municipale de 2008, pour cause de biftons généreusement distribués aux électeurs indécis, sachant qu’il n’y a pas d’homme… Ce qui n’est pas exactement le cas d’une autre affaire qui n’en finit plus de lui coller aux basques.

Rappel des faits : cette instruction menée à Évry à propos de deux tentatives d’homicide perpétrées, à coups de calibre 38, dans le centre-ville de Corbeil début 2013. Les victimes ? Rachid T. et Fatha O., le premier assurant au Parisien que l’affaire est liée au système clientéliste de la commune.

Bref, tentative de meurtre, ce n’est pas rien. Mais Serge Dassault, ce n’est pas rien non plus ; en termes de chiffre d’affaires, d’influence médiatique et, surtout, d’emplois à préserver en ces temps de disette économique. Le verdict rendu par le Sénat n’étonnera donc que les naïfs.

En revanche, on ne lira plus Le Figaro du même œil, tout comme on pourra à juste titre s’interroger sur la cohérence intellectuelle de cette insubmersible arsouille qui, en permanence, nous donne des leçons de libéralisme alors que, bon an mal an, la majeure partie de ses activités dépend des commandes publiques. Avec les intermittents du spectacle, nous connaissions les anarchistes d’État ; avec l’avionneur en question, bienvenue au libéral subventionné ! Il est ainsi des sphères où la décence commune semble être une valeur plus que chichement partagée.

5 juillet 2013

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