Ça y est, la noëlmania est lancée. Ça dégueule de tout et de partout : les jouets, les chocolats, la bouffe graisseuse à l’huile de palme, les chapons en lécithine de soja, le foie gras reconstitué à la gélatine de porc et les bûches au pétrole… Pas une rue commerçante sans son « marché de Noël », y compris dans Paris où chaque arrondissement, ou presque, a sorti ses baraques à frites. Horreur sur les Champs-Élysées où s’étirent trois kilomètres de foire à la saucisse. Une gigantesque fête foraine avec, en fond sonore, non plus Tino Rossi et son éternel "Petit papa Noël", encore moins les cantiques traditionnels, mais un Sinatra beuglant "Let It Snow", "Jingle Bells" et autres "Christmas Dreaming". La mairie de Paris pense sans doute que chanter Noël en anglais lui évitera d’être accusée d’atteinte à la laïcité !

La folie mercantile est désormais aux calendriers de l’Avent, balancés à toutes les sauces. Qu’on devrait d’ailleurs orthographier « calendriers de l’avant » parce que tout le monde ignore ce qu’Avent veut dire. C’est un mot du XIIe siècle, du bas latin adventus, dérivé de advenire « arriver ». Un mot réservé au vocabulaire ecclésiastique pour désigner la venue du Christ et les quatre semaines qui la précèdent. Dans la chrétienne, un temps de recueillement, de réflexion, d’interrogation, de questionnement. Pas seulement le décompte des jours qui nous séparent de la fiesta orgiaque.

Calendriers de l’avant, donc, qui n’ont plus rien de religieux. Disparus, la Vierge et l’enfant sur la paille de la mangeoire, sous le souffle du bœuf et de l’âne gris. Envolées, les images qui pouvaient encore laisser croire que cette fête n’est pas « que » commerciale. Les calendriers de l’avant ne sont plus que des mises en bouche, un mois de petits cadeaux quotidiens en attendant les gros. Tout le monde s’y est mis, farcissant les boîtes en carton de petits jouets, savons, vernis à ongle ou crèmes de soins, voire dosettes de café ou sachets de thé. On espère en vendre 600.000 cet hiver, et vu les prix, ça va être le jackpot : 15 € le calendrier Monster High ou Hello Kitty chez Toys “R” Us ; 34,99 € le calendrier Star Wars chez Lego ; 40 € celui d’Alain Ducasse ; 75 € les parfums et autres crèmes à se tartiner du calendrier Body Shop, et même 79,50 € pour le « calendrier de l'Avent Color Riche spécial manucure » de l’Oréal. Enfin, comme on n’arrête pas l’expansion de la connerie, on en trouve aussi désormais pour nos amis à quatre pattes : calendriers de l’Avent pour chiens ou chats autour de 7 euros.

Pour finir, une information : en dix ans, le nombre de SDF s’est accru en de 40 %. Si vous passez le soir dans Paris, vous verrez aux environs de 23 heures certaines rues et places se transformer en dortoir. La place de la République, notamment. Sortent alors d’on ne sait où matelas et duvets sur lesquels s’entassent, dans les pas-de-porte des boutiques, des familles entières avec de petits enfants, parfois des nourrissons.

On a évacué la crèche des calendriers de l’Avent mais elle est dans la rue.

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22 novembre 2014

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