La semaine dernière, c’était l’homélie du cardinal Ving-Trois sur les « déviances » de notre société. La “bergesphère” se déchaîne. De Technikart à Libé, on mobilise. Un cardinal, dans son sermon, ose remettre en question le dogme républicain du mariage « pour tous » ! Honte à lui, récupération, arriéré, le cardinal est agoni d’insultes et d’injures.

Cette semaine, c’est le pape en personne. On le sait, c’est toujours dans les avions que naissent les polémiques. Pour un journaliste, l’occasion de se faire un nom : accrédité, il va partager une intimité avec une haute personnalité. Il faut faire un sujet.

– Premier temps de la manœuvre : rapporter un « entretien exclusif » quand on a échangé trois phrases dans les en commun. Facile, le lecteur moyen accorde l’infaillibilité à la parole papale. Qu’importe s’il s’exprime en concile, dans une homélie, ex cathedra ou en sortant des toilettes de l’avion.

– Deuxième temps : énerver la sphère de droite. Là aussi, c’est facile. À la une : « Pape François : j’aime les immigrés. » On a fait pareil dans l’autre sens : « Pape François : je n’aime pas les déviances » et c’est le marais qui s’enflamme. Un jour, la presse nous explique que le pape est réac, le lendemain, qu’il est progressiste. On aime ça jusqu’à l’addiction. Cliquer sur « J’aime » ou « J’aime pas » plusieurs fois par heure.

– Troisième temps : pointer du doigt. Aujourd’hui, Le Monde, L’Obs, Libé enfoncent le clou sur la tête des vilains cathos réacs de droite racistes et homophobes qui s’énervent.

Le pape ne fait pas de politique, il ne recherche pas les suffrages, ce n’est pas lui qui alloue les budgets de la Défense ni décide de l’ouverture des frontières. Chacun son job. On n’a pas besoin d’une bulle du pape pour prendre en main le destin de notre pays ; serions-nous devenus faibles à ce point ? Et si le pape avait la moindre influence sur ce qui se passe en France, on le saurait : les églises seraient pleines, le mariage homo n’existerait pas et les politiciens se disputeraient ses indulgences. Ce sont nos hommes politiques, ces moralisateurs nous sermonnant sans cesse, qui se prennent pour des curés. Ce sont les conditions du débat où la polémique émotive en 140 signes tient lieu d’échange d’idées : on hurle aujourd’hui contre le pape et, demain, on couinera quand Hollande, Juppé ou Sarko seront élus.

Orchestrer la polémique autour de l’Église une semaine après un tel crime, une telle profanation, voici la dernière perversité de notre presse. Hélas, nombre d’élégants de sont tombés, encore une fois, dans le panneau.

On se plaît à citer ici Urbain II, les Templiers, etc. En 1095, il y avait foule de pèlerins sur les chemins de Jérusalem. En août 2014, le pape a appelé au combat contre l’État islamique. Combien ont suivi son appel ? Si les églises étaient pleines, personne ne pourrait y égorger de curé.

4 août 2016

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