Ni liberté, ni égalité : la France attribue la part du lion au public au détriment du privé. Le regretté Jacques Marseille avait écrit « La Guerre des deux France : celle qui avance et celle qui freine ». Son analyse demeure juste, mais la situation s’est aggravée. « Un actif sur quatre, contre un sur sept partout ailleurs… La France dispose de dix fonctionnaires pour cent habitants tandis que la moyenne européenne se situe autour de six. » Cette importance de l’emploi public, le coussin amortisseur des effets de la crise gonflé par l’argent public, la création d’emplois artificiels financés par celui-ci ont masqué un temps la réalité. Aujourd’hui, la colère gronde car désormais il y a la France qui s’effondre et celle qui est protégée.

Nous sommes loin du prétendu pacte républicain. Les salariés bretons de l’agroalimentaire, ceux d’Alcatel-Lucent ou de Natixis, ceux de la sidérurgie ou de l’automobile, ou encore ceux dont on parle moins dans les innombrables petites entreprises en difficulté protestent de manière de plus en plus véhémente, et on les comprend. Pour eux et pour leurs familles, la vie bascule avec le chômage. Elle perd déjà de son goût avec le seul risque.

Pour celui dont l’emploi est menacé, pour l’indépendant qui n’a jamais connu les 35 heures, savoir que la vie de travail va être plus longue, alors que les salariés protégés du secteur public et parapublic vont conserver leurs régimes de retraite avantageux, accroît le sentiment légitime d’une injustice.

Pour l’ouvrier qui vient de perdre le bénéfice de ses heures supplémentaires désormais fiscalisées, apprendre que les agents municipaux de Béziers bénéficient chaque semaine d’une demi-journée de repos payée en sus et ne sont donc au noble service du public qu’une trentaine d’heures, doit le décourager, sinon le révolter.

On ne peut que déplorer l’accident survenu en Inde à un car de touristes français, mais est-il bien normal qu’un tel voyage soit financé par le comité d’œuvres « sociales » d’une autre commune de « droite » ?

Alors les réactions peuvent être de deux types : soit on réclame encore plus de soviétisation, encore plus de fonctionnaires, des nationalisations, des protections de toutes sortes, et on tue le dynamisme des jeunes dont les plus entreprenants vont s’expatrier, de même qu’on décourage les plus actifs, lassés de travailler pour payer des impôts ; soit on rend effectif le pacte républicain en cessant de brandir une liberté et une égalité factices. En dehors des missions régaliennes, celles qui assurent la sécurité intérieure et extérieure du pays, il n’y a aucune raison que les Français soient discriminés par des statuts différents.

La véritable liberté consiste à leur permettre d’user du fruit de leur travail avant le jour de « libération fiscale » qui se situe à la fin du mois de juillet. Dans notre pays cocasse, chaque Français qui travaille doit, en effet, se dire qu’il travaille enfin pour lui le jour où il part en vacances. La véritable liberté réside dans le pouvoir de décider de son avenir le plus directement possible, par la démocratie directe, et non en le confiant à une caste de professionnels de la politique, qui n’ont fait que cela toute leur vie, à l’abri des conséquences de leurs erreurs.

La véritable égalité consiste à dire et à assumer que tous les Français sont dans le même bateau et doivent ramer dans le même sens avec le but et les moyens de gagner une course pour laquelle la France a de solides atouts à une triple condition : qu’on lui rende sa compétitivité, qu’elle soit maîtresse de son destin, et que ses dirigeants aient du courage. Le courage dont Churchill – qui savait de quoi il parlait – disait qu’ « il est la première des qualités humaines, parce qu’il garantit toutes les autres », est sans doute la condition la plus difficile à réaliser tant elle est absente dans notre classe politique.

22 octobre 2013

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