Lionel, 31 ans, et Sabrina, 25 ans, vont comparaître devant la cour d’assises du Bas-Rhin et puisqu’ils reconnaissent peu ou prou les crimes qui leur sont reprochés, ils seront condamnés. Ce n’est pas porter atteinte à leur présomption d’innocence que d’anticiper ainsi, d’autant plus que mon souci tient à la nature de leurs agissements commis dans le cours de l’année 2010 plus qu’à la sanction qui les réprimera.

Quand j’ai lu ce qu’il en était, cela m’est apparu au sens propre inconcevable. La mère d’un petit garçon de 4 ans, rendant visite avec celui-ci à son compagnon condamné et purgeant sa peine au centre de détention de Toul, a permis la perpétration plus que du pire : de l’innommable. En effet, en matinée et au cours de l’après-midi, ayant attaché, masqué et tenu l’enfant, l’ayant fait mettre à genoux, elle l’a ainsi mis à la disposition de l’homme qui l’a violé (Est Républicain, Paris Match).

Le couple avait pris la précaution de placer des sacs poubelle sur les vitres et les gardiens bienveillants pour les visites conjugales n’avaient pas posé de question.
Avec cette mansuétude, l’odieux, dans la journée, allait être consommé. Je devine comme il serait évident — et mon premier mouvement a été celui-là — d’accabler les surveillants mais qu’on considère l’influence qui les incite à une forme de permissivité avant de les incriminer sans détour. Pouvaient-ils prévoir une telle dénaturation au sein de ce parloir ? Demeure qu’on est effaré que dans un lieu d’enfermement et de contrainte, des extrémités aussi inimaginables soient susceptibles de se produire.

La mère elle-même s’était déjà livrée à des agressions sexuelles et à des viols sur son fils en 2009 et 2010 (nouvelobs.com). Elle était enceinte de six mois quand elle a permis et facilité les viols de son compagnon.

Je ne parviens pas, en dépit de ma trop longue expérience de l’inventivité criminelle, à pouvoir affronter la réalité bouleversante de tels épisodes où l’enfance saccagée, la maternité dévoyée et l’affection souillée et dégradée ont parcouru et connu la carte de l’atroce. […]

La dramatique affaire du braquage à Nice, la mort du jeune malfaiteur et le comportement du bijoutier sont presque, par comparaison, d’une normalité où la transgression et ses suites tragiques nous maintiennent dans un ancrage en quelque sorte familier. Il me semble, au contraire, que ce petit enfant de 4 ans ainsi martyrisé par elle et lui qui auraient dû, en dépit de fors intérieurs sans repères ni limites, le protéger, nous fait entrer dans une forme de surréalisme de l’ignoble, dans un extra-ordinaire poussant au comble ce que l’humain porte encore en lui de dérives insoupçonnées. Il y a encore apparemment des territoires de l’abjection à découvrir.

Il ne suffira pas de se consoler en évoquant la misère morale et matérielle, la friche humaine de personnalités prenant tout ce qui leur tombe sous la main pour satisfaire leurs appétences, en faisant preuve d’une compréhension à la longue délétère comme si ces crimes justifiaient plus un voyeurisme face à l’inconnu qu’une inconditionnelle indignation.
Aujourd’hui, le petit garçon a grandi. Il est âgé de 8 ans. Il a été placé dans un foyer d’accueil.

Avec cette horreur pénitentiaire, la vraie, ne serait-ce pas une forme d’impudence et presque de désinvolture que d’envisager son avenir ?
Comme si de rien n’était.

Extrait de “L’horreur pénitentiaire, la vraie

25 septembre 2013

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