Editoriaux - Histoire - International - Médias - 9 novembre 2016

Il l’a fait !

“Yes We Can”, martelait Barack Obama à ses partisans lors des primaires démocrates de 2008 afin de les convaincre qu’il pouvait vaincre Hillary Clinton en dépit de son manque d’expérience et de notoriété. Huit ans plus tard, l’excentrique milliardaire Donald Trump se lançait dans un défi encore plus homérique : remporter les primaires républicaines contre des politiciens professionnels, puis battre la chouchou de l’oligarchie américaine et mondiale, l’éternelle future première femme présidente des États-Unis : Hillary. Personne ne crut un seul instant « qu’il pouvait le faire ».

Lorsqu’il se déclara candidat pour les primaires, début 2015, Donald Trump amusa les spécialistes, aussi bien aux États-Unis que de ce côté-ci de l’Atlantique. On nous expliquait, alors, doctement qu’il y avait toujours une ou deux candidatures folkloriques en début de campagne, mais que ces clowns abandonnaient au bout de quelques semaines. Le clown, promoteur immobilier et animateur télé en l’occurrence, pourtant ne renonça pas.

Au cours de l’automne 2015, Donald Trump, dopé par ses propos sur « l’arrêt complet de l’entrée des musulmans aux États-Unis » et sur le renvoi des immigrés illégaux, s’installait en tête des sondages, devant les 16 autres candidats dont les grandes figures du parti, Ted Cruz, Marco Rubio, John Kasich et Jeff Bush ; il remportait ensuite son premier gros succès dans le New Hampshire au mois de février 2016. Les spécialistes des États-Unis, comme François Durpaire, nous expliquèrent alors que, traditionnellement, le candidat qui faisait la course en tête lors des premiers scrutins perdait ensuite son avantage.

Le 1er mars 2016, Trump, désormais identifié comme le candidat des classes populaires et des classes moyennes, remportait le Super Tuesday et, dans la foulée, une victoire en Floride sur les terres de Marco Rubio, qui jeta l’éponge. Trois mois plus tard, ayant assommé ses derniers adversaires, il était officiellement désigné candidat pour la course à la Maison-Blanche. Les ténors républicains (Bush en tête) ne cachaient pas leur contrariété et les spécialistes nous expliquaient que c’était, là, une catastrophe pour le camp conservateur dans la mesure où ce grossier populiste xénophobe et sexiste n’avait aucune chance de l’emporter face à l’excellentissime Hillary Clinton.

Il faut dire que les sondages nationaux n’étaient guère encourageants : à la fin de l’été, on créditait Donald Trump de 40 % des intentions de vote contre 48 % pour Clinton, le reste concernant les candidats indépendants. Après l’affaire de la vidéo salace et les attaques coordonnées des médias, on enterrait officiellement le bougre et, il y a à peine dix jours, Le Huffington Post se demandait si Donald n’allait pas faire le pire score de toute l’histoire électorale américaine avec 37 % des suffrages. Ensuite, les chiffres furent un peu plus favorables et, à trois jours du scrutin, on commença à s’inquiéter d’un possible « effet Bradley », c’est-à-dire du fait que les électeurs de Trump n’avouaient pas tous leur soutien au sulfureux candidat, lequel était en conséquence peut-être sous-évalué dans les prévisions. Les stars furent appelées à la rescousse, menaçant ici ou là de quitter le pays en cas de victoire du trublion, mais l’inquiétude devenait palpable : on commença à songer que le peuple pourrait réellement faire sécession, que ces « pitoyables » méprisés ouvertement par Hillary Clinton pourrait vraiment avoir l’audace de sortir de leur torpeur et d’administrer une claque à l’establishment.

Et ils l’ont fait ! Et lui aussi, « il l’a fait » : en raflant les swing states de l’Ohio, de la Caroline du Nord, du Kansas et de l’Arkansas, de l’Indiana et surtout de la Floride et de l’Iowa, Donald Trump a déjoué tous les pronostics : il sera le 45e président des États-Unis d’Amérique ! Chapeau, l’artiste !

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