Avec près de cinq cents musiques de film et une dizaine de pièces classiques données dans les plus prestigieuses salles transalpines, dont une messe composée en l’honneur du pape François, Missa Papae Francesci, un seul mot s’impose : chapeau, maestro ! Et viva , qui vient de nous quitter, à 91 ans !

D’Ennio Morricone, et c’est sûrement injuste, le public retiendra principalement les partitions écrites pour les six films de Sergio Leone, musique sans laquelle l’œuvre de son comparse n’aurait pas forcément été ce qu’elle est. Il est vrai que ces deux-là formaient un couple pour le moins infernal. Tous deux natifs de Rome, ils tenaient une place un peu à part en une Italie dans laquelle l’aristocratie, artistique comme économique, n’était adoubée qu’à condition d’être issue du nord de la botte.

En effet, les Romains ont la réputation, pas toujours usurpée, d’être moitié marlou, moitié ficelle. Si les différends s’y réglaient jadis à la dure, nos deux hommes ont confirmé que les mots les plus aiguisés pouvaient faire tout aussi mal que les couteaux les plus affûtés. Ou de l’art de devenir les meilleurs ennemis du monde.

Pour résumer, et à en croire Ennio Morricone, dans ses jours de mauvaise humeur, les films de Sergio Leone n’auraient été que des westerns de série B sans sa musique, alors que, pour ce dernier, Morricone n’aurait pas connu le destin qu’on sait sans ses films à lui. Les deux, à en croire leurs biographes respectifs, étaient évidemment de fieffés caractériels, s’aimant autant qu’ils se détestaient, ne se supportant pas toujours tout en ne pouvant se passer l’un de l’autre.

Ces choses rappelées, il convient ainsi de noter qu’Ennio Morricone œuvra pour les plus grands noms du cinéma mondial. La liste de ses nominations aux plus augustes récompenses internationales a de quoi donner le vertige. La place manque, ici, pour y revenir en détail, mais on peut malgré tout se souvenir de Mission (Roland Joffé, 1986) ou des Incorruptibles (Brian de Palma, 1987). Et on peut encore mettre à l’honneur Henri Verneuil, cinéaste français trop souvent négligé en nos contrées, dont il signe la musique de ces bijoux que sont Le Clan des Siciliens (1969), Le Casse (1971) ou Peur sur la ville (1975).

Pour être encore plus juste, il faut aussi rappeler ses mélodies ensorcelantes ayant illuminé le meilleur du cinéma populaire italien, ces polars et westerns sans prétention, mais non dénués d’ambitions. En cette activité moins connue, il y a l’omniprésent Bruno Nicolai, son disciple et fidèle arrangeur, parfois chef d’orchestre et homme-orchestre, qui disputera la paternité de certaines œuvres à son mentor. Mais comment demander à ces deux Romains plus qu’on ne saurait exiger de Remus et Romulus ?

Ajoutons, évidemment, cette facette moins connue du défunt, lui qui fut l’un des musiciens les plus modernistes de son temps : le premier à utiliser la guitare électrique en une époque où cela pouvait passer pour révolutionnaire, à remettre à l’honneur des instruments oubliés, guimbardes et autres flutiaux de Calabre, sans négliger le simple sifflotement, art populaire par excellence, qu’il élève au rang des beaux arts, grâce à Alessandro Alessandroni, décédé en mars 2017 et qui siffla en majesté dans la fameuse Trilogie des dollars mise en scène et en musique par Leone et Morricone.

Pour finir, on ajoutera que cet immense compositeur, un peu tombé en désuétude à la fin du siècle dernier, fut remis à l’honneur par le gratin du rock français grâce à Air dans Moon Safari (1998), de manière avouée ; et par Bertrand Burgalat, de façon plus ou moins inconsciente, dans son dernier opus, Les choses qu’on ne peut dire à personne (2017), avec ce sublime hommage involontaire que demeure « È l’ora dell’azione ».

Célébré de son vivant, il devrait l’être plus encore une fois venu le temps du repos éternel, comme souvent les très grands.

PS : Ennio Morricone, passionné de mathématiques, fut par ailleurs l’un des meilleurs joueurs d’échecs d’Italie. Son titre de gloire fut d’avoir arraché une partie nulle avec le champion Boris Spassky.

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