Editoriaux - Justice - Politique - Table - 29 avril 2015

Il faut sauver le soldat Atlaoui !

Le Français Serge Atlaoui a été condamné à mort par la justice indonésienne pour trafic de drogue. […]

Le président de la République et notre ministre des Affaires étrangères, depuis cette condamnation et la volonté de l’appliquer avant cette sauvegarde peut-être momentanée, accomplissent naturellement leur tâche de protection et de solidarité à l’égard d’un compatriote. Rien n’est plus difficile que ces opérations en même temps diplomatiques et humanitaires risquant d’exacerber la susceptibilité et d’offenser la dignité d’un pays indépendant. Il convient d’intervenir avec tact et persuasion.

Je ne suis pas persuadé que certaines réactions, certes de tiers par rapport au pouvoir efficient dans les coulisses, soient très pertinentes sur ce plan.

Par exemple, celles d’Henri Leclerc dénonçant “un meurtre d’État”, de Richard Sédillot, l’avocat d’Atlaoui, affirmant “réclamer un véritable procès” et de Florence Cassez, assez inopportune en l’occurrence, avec cette banalité compassionnelle : “Personne ne mérite la peine de mort.”

Alexandre Jardin, lui, se surpasse avec cette absurdité : “Serge Atlaoui, c’est vous, c’est moi.” Que celui-ci soit innocent ou coupable, il n’est dans tous les cas personne d’autre que lui-même et toute démagogie doit avoir ses limites. Sans doute un effet prolongé et mécanique de “Je suis Charlie” ?

En revanche, je rejoins Juliette Gréco qui s’indigne : “Cela m’inspire l’horreur absolue.” Elle a raison.

Quant aux démonstrations émues des proches de Serge Atlaoui, si elles sont touchantes, elles n’ont évidemment aucune valeur probante. Je n’ai jamais entendu une famille consentir à ce que l’un de ses membres soit justement mis en cause.

C’est contre l’exécution de Serge Atlaoui que le seul combat qui vaille doit être mené.

Que le trafic de drogue puisse être sanctionné par la mort n’est pas en soi un scandale en raison des tragiques conséquences d’un tel processus. Il n’empêche qu’il est possible d’argumenter sur l’écart opératoire qui existe entre la nature de l’infraction – il en est d’autres encore plus dévastatrices – et le caractère définitif de la sanction. Il y a là une inadaptation aussi bien morale que judiciaire.

Serge Atlaoui, par ailleurs, a déjà été emprisonné dix ans et, pour ce qui lui est imputé, c’est déjà bien plus qu’un début de répression.

J’entends bien que si on compare son sort à celui de cet Américain d’une force d’âme sans pareille, dont l’innocence a été prouvée après trente ans dans le couloir de la mort, le sort d’Atlaoui n’est pas le pire. Il n’empêche que ces dix années purgées pourraient permettre à l’État indonésien de faire preuve d’humanité sans être humilié.

Surtout, cette mort encore plantée sur le destin de Serge Atlaoui, il faut absolument la faire sortir du champ de la justice. Il n’est pas nécessaire ni habile de s’en prendre à la justice indonésienne mais, comme cela avait été si bien énoncé il y a si longtemps par Jean Toulat, une sanction absolue exigerait une justice absolue.

En ce sens, il est évident que pas plus la justice en Indonésie que celles ayant conservé la peine de mort aujourd’hui ou celles d’hier avant de l’avoir abolie, ne peuvent se prétendre absolues, aussi respectables qu’elles puissent être.

Cet argument, au-delà du rapport de force politique, est de nature à convaincre sans faire perdre la face à quiconque et à quelque pouvoir que ce soit.

Coupable ou innocent, Serge Atlaoui est à sauver de la mort.

Parce qu’en Indonésie ou ailleurs, on ne doit pas imiter le crime, on ne doit pas tuer.

Extrait de : Coupable ou innocent, il faut sauver Serge Atlaoui !

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