Il faut remettre au cœur de l’école la transmission du savoir !

Jean-Paul Brighelli est enseignant au lycée Thiers à Marseille, essayiste et l’auteur de La Fabrique du crétin, parmi d’autres nombreux ouvrages. Le dernier, paru en septembre 2014 s’intitule Tableau noir. Il vient de rejoindre Debout la France, le parti de Nicolas Dupont-Aignan.

Vous venez de rejoindre Debout la France. Pourquoi ce choix ?

Parce que c’est, pour moi, le seul parti qui ne s’est pas compromis dans la gestion catastrophique des trente dernières années en France et qui ne s’est pas fondu dans le fourre-tout bien-pensant ou le prêt-à-penser à l’usage des imbéciles.

Même le FN qui n’a pas de responsabilité dans la gestion désastreuse de ces dernières années cède au gloubi-boulga idéologique, à mon avis. Debout la France est le seul parti politique totalement « propre ».

Vous êtes l’auteur de La Fabrique du crétin et plus récemment encore de Tableau noir. Vous êtes également enseignant. Quelle est votre réaction aux annonces de Najat Vallaud-Belkacem pour l’école ?

Ma seule réaction est une réelle amertume parce que ça fait dix ans que nous sommes nombreux à prévenir de ce qui allait se passer : ni la droite ni la gauche n’ont voulu l’entendre.

Ça a commencé avec Les territoires perdus de la République , le rapport Obin en 2004 qui a été mis dans un placard par François Fillon, le livre Ils ont volé la laïcité de Patrick Kessel, puis en 2012 un rapport du Haut Conseil à l’intégration qui lui a valu d’être dissout par Jean-Marc Ayrault. Ce dernier l’a remplacé par l’Observatoire de la laïcité, dont le président, Jean-Louis Bianco, applaudit évidemment chaque mesure prise par le gouvernement !

C’est assez “amusant” d’entendre Najat Vallaud-Belkacem dire qu’elle ne tolérera plus le moindre écart alors qu’il a fallu une campagne virulente pour que les sanctions prises contre le professeur de Mulhouse, qui avait montré des caricatures de Charlie Hebdo à ses élèves, soient levées. On se demande un peu avec qui le gouvernement prévoit d’être intolérant… C’est mal parti pour que ce soit envers les élèves.

Il faudrait commencer par supprimer la loi Jospin de 1989 qui place l’élève au centre de l’école… Mais ils ne le feront évidemment jamais.

Vous affirmez que certains « prévenaient » depuis longtemps. Ils prévenaient de quoi ?

De la montée dramatique du communautarisme en France, appuyée par l’idéologie multiculturelle depuis des années, qui a effectivement engendré la radicalisation de certains dans notre pays. À force de ne pas instruire et de laisser penser à l’élève qu’il peut penser tout ce qu’il veut sans limite, à force de laisser 150.000 élèves chaque année dans la rue en fin de troisième, à 16 ans, sans savoir lire ni écrire… On ne peut pas trop s’étonner.

Et tout à coup, Najat Vallaud-Belkacem découvre qu’il y a un problème de lecture à l’école. On sait depuis des années que de très nombreux élèves sortent de l’école sans savoir ni lire ni écrire ! Mais, évidemment, notre ministre ne remet pas en cause les méthodes de lecture ni l’idéologie pédagogiste qui détruit l’école depuis des années. Elle prend des demi-mesures parce qu’elle n’y connaît rien et qu’elle ne fait qu’appliquer ce que lui soufflent les deux syndicats bien en cour que sont le SGEN et le SE-UNSA.

Vous avez présenté, samedi 23 janvier, les grandes lignes du projet de Debout la France pour une refondation de l’École publique. Quelles sont-elles ?

La priorité est, évidemment, d’apprendre aux enfants à lire, à écrire et à compter, et à connaître l’histoire et la géographie de la France. Il faut enseigner aux élèves la culture française parce qu’en France, il ne peut pas y en avoir d’autres.

Il faudrait donc modifier sensiblement les programmes et supprimer les occupations qui ne servent absolument à rien. Il faut transmettre du savoir, c’est tout. Supprimer l’idéologie du “socle”, toujours plus bas, et donner aux élèves l’ambition d’aller au plus haut de leurs capacités.

Il faudrait également supprimer le collège unique et remettre en place les classes par niveau, d’une part, mais également revaloriser les lycées professionnels parce qu’ils sont ouverts à des métiers très porteurs d’avenir et aujourd’hui encore négligés, d’autre part.
Il faut enfin imposer une tolérance zéro au niveau disciplinaire et donner aux enseignants les moyens de la faire respecter.

Ce n’est pas très compliqué : il faut remettre au cœur de l’école la transmission du savoir et non l’élève. Il faut en réalité construire l’école contre TF1 et M6.

Quelle place doit prendre la laïcité dans tout ça ?

La laïcité n’est pas un contenu, elle ne s’enseigne pas, elle est un contenant.

Il faut enseigner la culture française, dont les Lumières sont l’axe central, mais il faut arrêter avec la “morale citoyenne” et le “vivre ensemble” ! La laïcité est simplement un cadre dans lequel on opère, on ne passe pas ses journées à se demander si l’on est laïque ou non. On est laïque parce qu’on a grandi avec Voltaire, et pas autrement.

Entretien réalisé par Charlotte d’Ornellas

À lire aussi

Jean-Paul Brighelli : « PISA montre qu’on a baissé les exigences et on a écrasé tout le monde ! »

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleJean-Paul Brighelli réagit aux derniers résult…