Le classement PISA révèle un enseignement en perte de vitesse et six Français sur dix estiment aujourd’hui que nos services publics pourraient être plus efficaces tout en employant moins de fonctionnaires… Cette France que tout le monde nous enviait est en train de prendre l’eau ?

Je ne suis pas sûr que tout le monde nous enviait, c’est un peu un mythe français, cela. Mais que le pays soit en train de prendre l’eau, c’est l’évidence. Vos lecteurs connaissent mes vues sur le pire de nos malheurs, le changement de peuple et de civilisation, et sur son rôle déterminant dans tous les autres. Cela dit, il n’est pas la cause de tout : il est aussi la conséquence de bien des relâchements, qui l’ont permis et qu’il ne fait qu’accélérer. Je pense d’abord à l’effondrement du système scolaire, même si le classement PISA est lui-même très idéologique et procède d’une conception de l’éducation qui opère ses propres ravages. Mais plus largement, c’est la nature de la relation du peuple à la patrie, à l’État, à la chose publique qui a changé. Je crois à une très grande inégalité des états de civilisation face à l’exigence politique, au contrat social, au pacte d’In-nocence — les points les plus élevés ayant été atteints, peut-être, en l’Athènes de Périclès, la Hollande du Siècle d’or et de diverses époques, l’Angleterre churchillienne, etc. ; les exemples ne manquent pas. Ce que j’appelle soi-mêmisme, l’exigence enfantine d’être soi quoi qu’il en coûte à la société et d’abord au voisinage, l’incivisme, la dévaluation de la parole – à commencer, bien sûr, par celle des gouvernants –, le rôle destructeur d’un égalitarisme fatal à toute exigence intellectuelle ou culturelle, l’obsession des droits et la récusation permanente des devoirs – qui sont toujours pour les autres –, tous ces défauts, que nos colonisateurs, en général, présentent à un degré encore plus marqué que nous autres indigènes, font un pays ingouvernable, pas seulement par sa classe politique mais par lui-même. Toute reconquête de soi ne pourrait être menée qu’en parallèle à une reculturation accélérée.

Que faut-il remettre en cause dans l’enseignement ? Le rythme, l’encadrement, les méthodes, le contenu ?

Tout. L’esprit général. Les hommes et les femmes aussi. C’est une illusion de présenter le problème comme un dialogue impossible entre un corps enseignant intact et un corps enseigné récalcitrant. Les maîtres eux-mêmes sont profondément déculturés. On entend tous les jours des professeurs d’université dire à la radio : « Qu’est-ce qu’i’ z’ont b’soin, les gamins ? » Sous la pression du syndicalisme, du politisme, du pédagogisme, l’état de décomposition est tellement avancé qu’il n’y a d’espérance qu’en la sécession, les sanctuaires d’exigence, les couvents du Moyen Âge, les forteresses de savoir, constitués sur un triple volontariat : celui des maîtres, celui des parents d’élèves, celui des élèves eux-mêmes. La culture n’a pas à descendre dans la rue pour mendier ses desservants. Il faut refaire d’elle un objet de désir, difficile d’accès comme elle l’a toujours été. Il faut organiser un égal accès à l’inégalité, cette inégalité que sont fondamentalement la connaissance, l’art, le goût et la vie de l’esprit.

Dimanche prochain à Paris aura lieu une nouvelle manifestation contre le Grand Remplacement. Qu’en attendez-vous ?

C’est une manifestation organisée à l’origine par Christine Tasin et Résistance républicaine, en union avec Riposte laïque, et à laquelle se sont ralliés d’enthousiasme, comme toujours, le parti de l’In-nocence et le NON (au Changement de Peuple et de Civilisation). J’en attends, comme du NON lui-même et de sa pétition, l’étincelle tant espérée, le signal du réveil, la prise de conscience de l’horreur qui nous guette et qui est déjà si avancée que seul un sursaut formidable au bord du gouffre, comme notre peuple en a déjà connu, peut encore nous en sauver.

3 décembre 2013

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