Pendant des années, « la coproduction de sécurité », concept de gauche s’il en est, a été la tarte à la crème des politiques de prévention de la délinquance. Il n’y avait pas une réunion, pas un colloque, pas un débat public sur le sujet sans que cette idée qui se voulait géniale ne fût reprise par des intervenants de tous bords. Elle a seulement permis, en réalité, que s’installe la plus grande confusion. L’actualité démontre aujourd’hui, de manière dramatique, à quel point les donneurs de leçons, et autres experts autoproclamés, ont pu se fourvoyer, car cédant le plus souvent à un angélisme coupable.

Services de sécurité désorganisés, effectifs de police et de gendarmerie en baisse et maintenant en surchauffe, sous la pression d’une Europe technocratique déconnectée des réalités, justice anémiée dans l’incapacité d’appliquer les décisions qu’elle prend : notre État, dans ses prérogatives régaliennes, est en pleine dérive.

Dès lors, face à une telle carence des plus hautes autorités étatiques, les élus locaux, en contact permanent avec la réalité quotidienne vécue par les Français, s’interrogent. Quelles mesures prendre pour combler le fossé qui ne cesse de s’élargir entre la France d’en haut, celle des privilégiés qui ont peu à craindre des tueurs fous qui hantent nos rues, et celle d’en bas, qui paie un tribut de plus en plus élevé à la violence ?

Dans le contexte des attentats que la France connaît aujourd’hui, la question de l’armement des policiers municipaux relève de ces interrogations. Face à l’impuissance des seuls services de l’État à assurer la sécurité quotidienne des populations, l’apport des polices municipales ne peut plus être écarté. Pour autant, ce serait une erreur que de réduire cet apport à la simple dotation d’une arme de poing pour chaque policier municipal. C’est une réflexion beaucoup plus générale sur les prérogatives et les compétences, et donc les missions dévolues à chaque force, qui doit, en urgence, être menée.

Et c’est la notion même de sécurité intérieure qui doit guider la démarche. Pleinement impliquées dans la lutte contre l’insécurité, les polices municipales doivent voir leurs modes de fonctionnement et d’organisation modifiés. De nombreux maires l’ont déjà compris, rejoints maintenant par certains de ceux qui, hier encore, étaient récalcitrants à l’idée de voir « leur police » se substituer à la police nationale ou à la gendarmerie nationale.

Alors oui, face aux menaces, il faut armer les polices municipales. Mais il faut aussi élargir leurs compétences judiciaires, notamment en autorisant les contrôles d’identité et en développant les actions conjointes. C’est uniquement à ces conditions que l’action de ces agents sur le terrain trouvera sa pleine efficacité. Par ailleurs, la répartition des missions entre les différentes forces de sécurité doit être clarifiée. Aucune police n’est inférieure ou soumise à l’autre, il ne doit y avoir que des services complémentaires et des agents au service de la nation.

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