Vous faites à nouveau scandale au sujet de l’avortement dans vos amendements à la loi Santé actuellement débattue à l’Assemblée nationale. Pourquoi choisir ces propositions qui choquent le politiquement correct ?

J’ai proposé que les femmes désirant avorter écoutent le cœur de l’enfant qu’elles portent. Je comprends que les fanatiques de l’avortement s’y refusent, puisque c’est la preuve la plus naturelle qu’elles portent bien une vie à naître.

Je ne cherche en aucun cas à choquer. Je suis un pragmatique : il y a 220.000 avortements en France chaque année. C’est un constat extrêmement douloureux : banalisation de la suppression de la vie à naître, blessure insigne des principes générateurs de l’ordre politique, violence incurable faite au corps et au cœur des femmes. Or, je remarque que le gouvernement socialiste n’a de cesse de promouvoir l’IVG en supprimant la condition de détresse, en finançant sa propagande, et aujourd’hui en supprimant le délai de réflexion.

C’est une course à l’accroissement perpétuel du nombre d’avortements. Aucune proposition pédagogique n’est faite, aucune réflexion sur ce que dit l’explosion du nombre d’avortements de notre société et de la déresponsabilisation de ses acteurs. Comme toujours, les idéologues ont brandi des droits, défendables ou non, en oubliant les devoirs afférents. Les mêmes s’étonnent ensuite de la dislocation des familles et de la détresse de nombreuses femmes.

C’est justement parce que je mesure l’immense douleur de l’avortement pour les femmes que je veux éviter cette solution. Et ce n’est pas le chaos des imprécateurs et des zélateurs de la culture de mort qui me contraindront au silence. Le bon sens doit pouvoir s’exprimer sur tous les sujets. C’est un grand tort de la droite que de masquer ses pensées au sujet de l’avortement. J’espère que ma parole libre à ce sujet encouragera d’autres à dire la ferme opposition qu’ils ont.

Comment interprétez-vous l’obsession socialiste pour les questions de société ?

Elle participe d’une idéologie et d’une stratégie. L’idéologie, c’est leur volonté d’une redéfinition complète de la nature humaine, et cela ne date pas d’hier. Des débuts de la vie à la mort, en passant par les institutions fondamentales de l’existence humaine (famille, éducation, interdits). Je partage bien des définitions de cette course à l’abîme : drame du progressisme et de l’égalitarisme, monde orwellien de 1984, dictature des pulsions. Ces idées sont en armes. Et leurs mercenaires sont au gouvernement.

Mais il y a aussi une stratégie. L’analyse du repli sur les questions éthiques pour masquer l’incurie économique des gouvernements socialistes est bien connue. Et elle est parfaitement véritable, puisque François Hollande n’a ni le courage de faire les réformes nécessaires à la survie de notre pays, ni l’envie d’écouter l’intérêt de la France avant celui des officines qui ont accompagné son élection.

Mais ils bénéficient également d’un vide. Le débat public n’est pas libre en France sur les questions de société et les médias parisiens orchestrent des mises en scène toujours plus caricaturales. On l’a bien perçu lors des couvertures de la Manif pour tous. En somme, l’irresponsabilité dans la désinformation est devenue un des freins majeurs à l’exercice démocratique dans notre pays. La Ligue du Sud s’emploie à prouver que, localement, les réussites sont possibles sans transiger sur les principes. J’espère que cela inspirera d’autres actions.

Diriez-vous que vous cherchez à être le représentant des « pro-vie » dans notre monde politique ?

Je cherche à être le représentant des Orangeois, des Vauclusiens et des Français dans mes actes politiques. À mon sens, il faut pour cela défendre les lois naturelles sans lesquelles aucune vie en société n’est possible. Nous le voyons d’ailleurs parfaitement : l’individualisme et le matérialisme de nos adversaires s’arrangent parfaitement de l’explosion des parcours de vie, de la destruction des familles, de la rupture de la solidarité entre les générations. Promoteurs d’un monde d’atomes irresponsables, tous les moyens leur sont utiles pour imposer une dictature libertaire.

Alors, il faut admettre que je me sens parfois bien seul à dire, proposer et combattre sur ces questions. J’ai quelques collègues, UMP notamment, qui prennent aussi des risques. Il faut redire qu’il existe une véritable chape de plomb sur ces sujets et que nous avons besoin du soutien de tous lorsque nous menons le combat pour nos principes. C’est par un investissement courageux de tous que nous pourrons faire reculer la culture de mort.

Je crois qu’en réalité nous faisons de moins en moins de politique. Il faut commenter des affaires sans importance, débattre des derniers mots d’ordre imposés par la bien-pensance, en un mot brasser du vent. J’ai une conception tout autre de l’engagement, il faut du pragmatisme, des bilans, de la gestion pour faire avancer nos principes. Et puis, après tout, « beaucoup d’ennemis, beaucoup d’honneur ».

Entretien réalisé par Gabrielle Cluzel

12 avril 2015

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