Non contents d’écouter la planète entière, les cibleraient leurs écoutes sur leurs « alliés » européens, la France au premier chef. Pis, en cette période de négociation d’un énième traité de libre-échange qui, évidemment, se fera à nos dépens, leurs grandes oreilles seraient toutes particulièrement pointées sur les délibérations de nos représentants, que ce soit à Bruxelles ou à l’ONU.

Bien sûr, il ne faut pas être naïf : l’espionnage est chose vieille comme le monde. Mais les véritables naïfs sont ceux qui persistent à estimer, au-delà de toute vraisemblance et de toutes réalités, historiques comme géopolitiques, que les Américains sont nos amis ; si tant est que des « amis » puissent exister en matière de politique étrangère.

La preuve en est qu’au début de l’affaire (désormais en fuite), homme par lequel le méga-scandale n’en finit plus d’exploser, nos médias globalement atlantistes, par tropisme, paresse intellectuelle ou subventions dignes de celles que le KGB offrait naguère à ses affidés, sont demeurés un temps d’une discrétion de violette.

Pourtant, même transformé en chapon, le coq gaulois en a encore sous la pédale. Et certains, enfin, haussent le ton. Sont-ils sincères ou pas ? Ce n’est certes pas à nous de sonder les cœurs et les âmes. Ainsi, Daniel Cohn-Bendit, pas exactement patriote de l’espèce tricolore, mais européen sincèrement convaincu, secoue le cocotier sur RTL, ce dimanche dernier : « Il faut maintenant arrêter tout de suite les négociations pour un accord de libre-échange. Il faut dénoncer tous les accords qu’on a avec les Américains. On ne va pas se laisser marcher sur les pieds indéfiniment par le contre-espionnage américain. » De son côté, Jean-Luc Mélenchon, sur BFMTV et toujours à propos d’Edward Snowden : « Quand il y a des réfugiés politiques chinois ou je ne sais quoi, on les accueille à bras ouverts et là, on va négocier avec un interlocuteur paranoïaque et malfaisant [Barack Obama, NDLR] qui nous espionne, et on trouverait ça normal, et il ne faudrait rien dire ? »

Et de conclure, après avoir déploré, la semaine dernière sur France Inter que « la France soit devenue le toutou de Wahington », en remettant une dose sur LCI : « Si on n’accorde pas l’asile politique à Edward Snowden, à qui exactement va-t-on l’accorder ? »

D’aucuns iront ensuite prétendre que ces petits manquements à l’éthique se justifient par une guerre globale au terrorisme mondialisé.

Mais cela ne date pas d’hier. Dans son remarquable essai, La CIA en France : 60 ans d’ingérence dans les affaires françaises, Frédéric Charpier révélait déjà : « Au milieu des années 80, la fondation Heritage [L’un des cache-nez de la CIA, NDLR] réussit à étendre son influence […] Peu avant les élections législatives de 1986, le patron d’un petit groupe de presse spécialisée organise un dîner dont l’invité d’honneur est Jacques Chirac. Ce soir-là, deux ministres de son prochain gouvernement, qui entretiennent des relations suivies avec cette fondation, briefent longuement le prochain Premier ministre. Comme le confie l’un des convives : “Ils lui ont vendu les thèses libérales de la Heritage Foundation.” Coïncidence, les affiches de Jacques Chirac deviendront bientôt un simple décalque de celles de Ronald Reagan. »

Aujourd’hui, on ne sait plus trop où se trouve le « monde libre » ; mais l’axe des faux-culs et des traîtres devrait être facilement identifiable. Même sans drones de combat.

1 juillet 2013

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