Inlassablement, la société Artus Films, désormais bien connue de nos lecteurs, poursuit son entreprise de remise à l’honneur du cinéma européen. Dernière sortie en date, Le Pionnier de l’espace, fleuron de la science-fiction anglaise. L’occasion de savoir en quoi cette dernière diffère de son homologue américaine.

Thierry Lopez, le démiurge d’Artus : “Elle diffère essentiellement au niveau des budgets de production. Même s’il semble un peu plus prestigieux que le bis italien, le cinéma populaire anglais s’inspire des succès américains. Il était évident que la vague de SF américaine des années cinquante amène à des productions de ce sur le sol européen. À ce détail près que les productions européennes ne bénéficiaient, hélas, pas du budget des américaines. Cela se ressent bien évidemment dans les décors et les effets spéciaux. Ce qui n’empêchait pas les auteurs de trouver une foule d’idées pour y pallier.”

Dans le même temps, et pour demeurer dans un registre semblable, Artus réédite La Planète des vampires, de Mario Bava, film sans lequel l’Alien de Ridley Scott n’aurait sûrement jamais vu le jour. Thierry Lopez, toujours : “Comme dit plus haut, le cinéma populaire européen s’inspirait du cinéma américain. La mini-vague de la SF italienne, initiée en partie par Antonio Margheriti (La Planète des hommes perdus, autre bijou qu’Artus vient de ressortir, NDLR) voulait ressembler à l’original. Puis, quelquefois, ces films pouvaient en inspirer d’autres à leur tour. C’est le cas de ce Mario Bava,La Planète des vampires, qui a été largement copié avec Alien. Quant à une spécificité européenne en la matière, je ne crois pas. Le cinéma n’a, hélas, pas été aussi prolifique que la littérature, en regard de la SF. On pourrait trouver une originalité dans la SF russe ou allemande, bien davantage que dans ces homologues anglaises ou italiennes.”

Soit l’occasion de nous rappeler que, lorsqu’on évoque la série B, ce n’est pas de qualité scénaristique ou artistique que l’on parle, mais seulement de budget. Financièrement parlant, à l’exception de cette daube meringuée, croulant sous les dollars qu’est le Cléopâtre de Joesph Mankiewicz, tous les chefs-d’œuvre de ce dernier ne sont, d’un point de vue dollars parlant encore, que… des séries B, tels Ève, Le Limier ou L’Aventure de madame Muir. Idem pour les innombrables pépites portant le sceau d’Artus. Destination planète Hydra, de Pietro Francesci ? Une Planète des singes avant l’heure, en cent fois plus intéressant mais ayant sûrement coûté mille fois moins cher.

Tout pareil pour La Motocyclette, de Jack Cardiff, autre joyau ici réédité, avec Alain Delon et Marianne Faithfull, du temps où elle était la princesse incontestée du Swinging London, road-movie avant l’heure dont le très surfait Thelma et Louise, de Ridley Scott, n’est finalement que pâle succédané.

Ce dilemme est finalement aussi français qu’européen : pour faire les choses, notre talent est incomparable ; pour les vendre, il est plus que contestable. Heureusement que, pour le devoir de mémoire, il y a Artus !

PS : pour en savoir plus : cliquez ici. Attention : pour les adolescents dépressifs et les démocrates angoissés, la section « Guerre et barbarie » peut être source de frissons plus ou moins inavouables…

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