Editoriaux - Justice - Table - 4 janvier 2013

Ici Libération : des nigauds parlent aux nigauds …

Les ventes baissaient. La pub s’étiolait. Le vent glacé de la défaite soufflait sur le quotidien de la rue Béranger. Le chef – Nicolas Demorand – réunit ses troupes démoralisées. « Eh les mecs, il faut trouver un truc qui arrache, du neuf, du jamais fait ! »

Un journaliste proposa : « Et si on faisait quelque chose sur le cul, version homos et lesbiennes ? » Il fut retoqué sèchement : « C’est idiot, la plupart de nos lecteurs s’en battent les couilles ! » Une voix lança : « Et si on titrait “Sarkozy, reviens !”, ce serait original. » Demorand faillit s’étouffer : « Ne parle pas de malheur, il serait capable de nous écouter. »

Plusieurs propositions assez formidables furent alors proposées : « Casse-toi, pôv’ Hollande ! », « Le printemps arabe et la sexualité », « Ces Juifs qui se convertissent à l’Islam ». Mais rien ne trouva grâce aux yeux du chef. L’assemblée allait se disperser, sombrant dans la sinistrose, quand quelqu’un suggéra timidement : « Et si on disait que tout va bien ? »

La lumière du soleil d’Austerlitz éclaira le doux visage de Demorand « Génial ! Merveilleux ! Jouissif ! » Les mots extase, orgasme et nirvana sont trop faibles pour décrire les transes paradisiaques qui secouèrent voluptueusement le corps du directeur de Libération. Le lendemain – le 2 janvier – le journal titra : « 2013, ça va bien se passer. »

Oubliés les fermetures d’usines, le chômage en irrésistible progression, les exilés fiscaux, la calamiteuse taxe de 75 %, l’amateurisme de Hollande, l’incompétence d’Ayrault, les sondages catastrophiques… Un éditorialiste se vit confier la noble et redoutable tâche de justifier cette une. Après avoir fustigé les Cassandre de tout poil, il écrivit quelques lignes où la bêtise la plus crasse le disputait au cynisme le plus éhonté : « Et si les mois qui s’annoncent étaient ceux du courage, du refus de la fatalité ? » Il montra le texte au chef qui lâcha : « C’est pas mal, mais tu m’en remets encore une couche. » Et l’éditorialiste zélé ajouta ceci : « 2013 peut être l’année de la justice sociale et fiscale, du mariage pour tous et, pourquoi pas, du droit de vote accordé aux étrangers. »

Devant les agences de Pôle Emploi, les chômeurs se pressaient dans le froid. Aucun d’entre eux n’avait acheté Libération. De toute façon, ils ne comptaient pas. Ils n’avaient plus de ronds pour acheter quelque journal que ce soit.

Le journaliste qui avait proposé le génial « 2013, ça va bien se passer » fut illico promu au poste de rédacteur en chef. À peine avait-il pris possession de son nouveau bureau que le téléphone sonna. C’était l’Élysée : « Seriez-vous disponible pour rejoindre l’équipe de communication du Président ? » Il accepta tout de suite. L’Élysée, il en avait pour cinq ans. Libération, c’était moins sûr.

Le 2 janvier 2014, le journal de Demorand titra : « 2013, ça s’est mal passé. » Avec un gros sous-titre : « C’est la faute de Sarkozy. »

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