C’est a priori décidé : arrêterait la promotion de son dernier roman, Soumission. Et serait parti en sans laisser d’adresse. Du coup, Flammarion, son éditeur, ne sait plus à quels saints se vouer, vocable religieux qui, en la circonstance, prend tout son sel.

Remarquez, les écrivains qui tirent le rideau avant de refaire coucou à leur public, la chose n’est pas neuve ; voyez Agatha Christie. Dans le cas de Michel Houellebecq, le truc a déjà un petit air de « déjà-vu », comme aiment à dire les Anglo-Saxons cultivés, c’est-à-dire les Irlandais, là où le dandy le plus élégamment enlaidi du monde s’était déjà réfugié, dans les pénates de l’illustre Michel Déon, après avoir été « traumatisé » par les attentats du 11 septembre 2011. Dans sa dernière livraison, le mensuel Vanity Fair, qui consacre un article plus que fouillé à ce sujet, nous rappelle : « C’est ainsi que le 11 septembre 2001, Houellebecq se retrouve chez Michel Déon, devant la télévision. S’ensuit une grosse déprime. Il ne faisait rien de ses journées et il “dormait” avec son chien, s’anime Déon. Au bout de deux semaines, j’ai dû lui dire de partir, sinon il serait encore chez moi aujourd’hui. »

Ce ne fut ni la première et peut-être pas la dernière éclipse de cet écrivain singulièrement baltringue. Coutumier du fait, il n’a en effet pas son pareil pour pourrir la vie de ses attachées de presse. Accepter des entretiens avec les journalistes pour ensuite mieux les refuser. Ou les obliger à le rejoindre dans des endroits improbables, genre thébaïde vosgienne ou perdue plus loin dans une France plus profonde encore. Ou silence radio tout court, durant lequel, on peut le comprendre, les gens chargés de sa promotion ont des raisons légitimes de s’arracher les cheveux. Le reste de sa carrière obéit aux mêmes règles n’appartenant qu’à lui. En effet, cet écrivain très surestimé – même si son absence de style a fini par lui tenir lieu de style – eut au moins un brin de gloire quand, en 2000, il cosigne un assez joli album de « rap mou », Présence humaine, avec un autre dandy autrement plus chic, Bertrand Burgalat.

Là, déjà, Michel Houellebecq joue la fille de l’air. Englué de whisky, il oublie des concerts, un à Berlin, surtout, devant le gratin de la presse allemande. La cavalcade se finira assez mal, lorsque Burgalat manquera tout simplement de lui casser la gueule. Le reste de la carrière de ce « sans-dents », comme aurait dit François Hollande, est du même acabit. Un jour j’y suis et l’autre je n’y suis pas. Peu importe. Ça crée ce buzz toujours favorable au biz. Et puis, on sait bien qu’en amour, l’essentiel consiste souvent à se faire attendre.

Pour le reste, l’affaire est assez bien jouée et Michel Houellebecq ne pouvait rêver de meilleure promotion que celle des dingos en furie que l’on sait.

Les ventes de Soumission seront promises à exploser le box-office. François Hollande devrait enfin remonter dans les sondages. Et les finances de Charlie Hebdo, tragiquement à sec, devraient connaître un regain de santé. Finalement, tout ne va pas si mal.

9 janvier 2015

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.