À l’initiative du syndicat SUD-Rail, 163 personnes (155 cheminots et 8 employés d’une société de nettoyage) se sont retrouvées lundi devant le conseil des prud’hommes face à la SNCF qu’ils poursuivent pour « préjudice d’anxiété ». Ayant dans leur passé professionnel été en contact avec l’amiante, et bien qu’étant surveillés et suivis comme un nourrisson en couveuse, ces gens vivent dans « la crainte de voir se déclarer un jour une maladie mortelle ». Comme dit leur avocat Me Robin, de SUD-Rail lui aussi, « C’est le préjudice de l’épée de Damoclès. »

Qu’il soit l’épée de Damoclès ou la laisse de la Dame au clebs avec strass et chihuahua, le préjudice d’anxiété est un truc assez nouveau. Vu d’ici, cela paraît même une fumisterie, mais ce n’est pas l’avis de la Cour de cassation qui, en en reconnaissant le fondement (en mai 2010), a ouvert une dangereuse boîte de Pandore. En effet, ayant valeur d’exemple, cette « première action collective » à l’américaine, fierté du syndicat, pourrait bien se révéler ravageuse.

Le conseil des Prud’hommes n’ayant pu trancher l’affaire des anxieux contre la SNCF, celle-ci est renvoyée devant le tribunal en juin prochain. L’avocat demande 10.000 euros pour chacun des plaignants. S’ils obtiennent gain de cause, on imagine à quoi ressembleront demain les tribunaux déjà engorgés par les affaires de cornecul : des salles des pas perdus où vont se ruer en masse les hypocondriaques et les escrocs. Car des motifs d’anxiété, dans notre belle France, ce n’est pas ce qui manque.

Déjà, on pourrait initier une action collective contre le fisc de tous les contribuables excédés de se faire tondre et qui, les tripes nouées par le « préjudice d’anxiété » saisonnier dû au tiers provisionnel, passent maintenant des nuits blanches. Ça fait du monde. S’y joindraient les petits chefs d’entreprise que torture une législation du travail totalement aberrante, ça fait du monde aussi. Les malades en rémission poursuivraient l’hôpital par crainte de la récidive et les salariés du dimanche s’en prendraient aux magistrats qui, les empêchant de bosser, leur retirent le pain de la bouche…

Enfin, et puisqu’il s’agit d’amiante : on suggère à tous les étudiants passés par le campus de Jussieu depuis 1960 de se retourner eux aussi contre l’État, histoire d’alourdir encore un peu la facture du désamiantage qui s’élève déjà à près de deux milliards d’euros. Et tant qu’à faire, ajoutons-y les habitants du quartier qui, pendant les dix-neuf ans de travaux dantesques qui se sont déjà écoulés – pour un chantier qui devait durer trois ans –, ont respiré tous les jours l’air vicié par l’idéologie, la concussion, la bêtise, l’incompétence et un peu aussi par l’amiante…

2 octobre 2013

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