Editoriaux - Education - Société - Table - 28 mars 2018

Hommage national au colonel Beltrame : dans son message aux enseignants, Blanquer fait du Najat

On se demandait si les établissements scolaires seraient associés à l’hommage national rendu au colonel Beltrame. L’hommage aux victimes des attentats de janvier 2015 avait, en effet, été émaillé de nombreux incidents, causés par des élèves qui avaient refusé d’y participer, voire perturbé la cérémonie. Le suspense a pris fin mardi, lorsque les enseignants ont reçu les consignes de leur ministre.

Exclure l’École de cet hommage rendu par la nation à l’un de ses héros eût été pour le moins maladroit. Ç’eût été reconnaître l’échec de l’Éducation nationale à former des citoyens français. Pis encore, ç’eût été avouer qu’elle y renonçait. On ne peut donc que saluer cette initiative, même tardive.

Mais le message du ministre laisse un goût amer.

La première phrase est d’une écœurante tiédeur : “Le vendredi 23 mars, quatre de nos compatriotes ont perdu la vie au cours d’une attaque terroriste à Carcassonne et à Trèbes.” Toujours les mêmes euphémismes insupportables, qui donneraient envie d’ironiser si l’on avait le cœur à plaisanter : on croirait que ces braves gens ont négligemment égaré leur vie comme on égare ses clés, “au cours d’une attaque terroriste”, comme si les deux faits étaient sans lien entre eux. Pourquoi monsieur Blanquer n’écrit-il pas qu’ils ont été sauvagement assassinés par un terroriste islamiste ?

C’est qu’il y a des mots qui fâchent et que, au pays du vivrensemble, il ne faut fâcher personne. En tout cas, pas ceux que pourrait fâcher le mot « islamiste » parce que, dans « islamiste », il y a « islam ». Et que, comme chacun sait, rien n’est plus dangereux que les amalgames. Alors, certes, “il est important que ce moment de recueillement […] puisse être accompagné d’un temps d’explication”. Mais, s’il conviendra d’expliquer que la nation rend hommage à “l’acte héroïque du colonel Arnaud Beltrame”, il ne faudra surtout pas trop s’étendre sur l’identité de son meurtrier. Et si ce sacrifice “vient rappeler notre appartenance à un ensemble qui nous dépasse : la Nation”, il n’est, évidemment, nullement question de signifier que cette nation est menacée. On louera le “courage” et le “dépassement de soi” d’un homme “qui a donné sa vie pour en sauver d’autres”. On honorera un altruiste plutôt qu’un défenseur de la nation.

Le message se termine ainsi :

À un moment où des forces obscurantistes cherchent à atteindre les fondements démocratiques de notre société, la mission des professeurs et des personnels de l’Éducation nationale est plus que jamais d’éduquer pour faire triompher la tolérance et le respect d’autrui.

C’est beau comme du Najat fustigeant le Front national !

De vagues “forces obscurantistes”, ces terroristes islamistes qui n’hésitent pas à égorger, qui un officier de gendarmerie, qui deux jeunes femmes dans une gare, qui un prêtre en pleine messe ? Ou s’agit-il des islamistes en général ? Mais ne pas les nommer, en cette circonstance, n’est-ce pas précisément tenir le peuple dans l’ignorance du danger qu’ils représentent ? Ce qui est un comble – et une faute – quand on prétend, justement, dénoncer l’obscurantisme et “éduquer”.

On ne fera pas “triompher la tolérance et le respect d’autrui” à coups de périphrases et d’euphémismes lénifiants, mais en désignant clairement les islamistes, qui veulent “faire triompher” leur intolérance et leur haine d’autrui. Visiblement, monsieur Blanquer n’en a pas eu le courage. Pourtant, le héros qu’il veut honorer lui en donnait une occasion unique. Et on ne lui demandait pas d’être héroïque, simplement de parler vrai.

À lire aussi

Histoire de deux « pingouins gay » (et de quelques dindons de la farce ?)

Peu importe que vous soyez doté d'un bec ou d'un museau, couvert de poils ou de plumes, gr…