À peine le ministère de la Défense a-t-il eu le temps d’annoncer la mort du sergent-chef que les réseaux sociaux – ce monde virtuel ultra-susceptible qui passe son temps à agiter le monde réel, comme le vent souffle et tonne parfois sur les branches du chêne – se chamaillent avec leur coutumière profondeur. Il était blanc. Il était noir. Il était socialiste. Mais non ! Il a vécu communiste. Il était juif. Non, chrétien. Mieux, musulman. Attendez : n’était-il pas bouddhiste, vers la fin de sa vie ? Protestant ? Assurément, il était syncrétique. Voyez, Renaud Camus a tort. Et Zemmour se fourvoie, c’est manifeste. Mais, diantre ! Ne voyez-vous pas l’évidence ? C’est le Parti socialiste qui s’obstine à ne rien comprendre. Et que dire de l’UMP ? Ah, ma pauvre dame, cela va sûrement être récupéré par le FN. Tenez, s’il y en a un que j’aimerais bien entendre, c’est Finkielkraut ! Ça, Monsieur, c’est une icône de la diversité ! « Thomas », dites-vous ? Comme Thomas d’Aquin ? Encore un homme dans l’armée française, quel sexisme ! Etc.

Il y a tout de même quelque chose de tragique à tout cela ; de socialement symbolique. C’est de voir que, avec l’ancien monde que nous ne cessons d’enterrer, et avec le nouveau monde que nous ne cessons de rejeter, il n’est plus possible de saluer un homme pour ce qu’il fut. Pour ce que sa mort, en tous cas, nous montre à nous, à nous tous. Cet homme, le sergent-chef Thomas Dupuy, fut un homme courageux, c’est-à-dire un citoyen au-dessus des autres. Mort pour la . Quelles que soient sa religion, sa couleur, ses idées, son obsession dernière : il est mort au service de l’armée française, l’arme à la main et le drapeau sur le bras.

Il avait 32 ans et presque dix années d’engagement derrière lui. Pour son mérite, il reçut la croix de la Valeur militaire avec étoile d’argent et étoile de bronze, la médaille d’outre-mer agrafe “Sahel” et “République de Côte d’Ivoire”, la médaille d’argent de la défense nationale et la médaille des blessés. Il fut « un camarade apprécié de tous ».

Quelle que fût son opinion ou son parcours, son héroïsme devrait l’ôter un instant à sa famille, à sa communauté, à son village ou à son faubourg, pour placer sa mémoire dans l’histoire collective. Cela serait-il devenu impossible ? Faut-il absolument qu’il soit récupéré par les uns ou par les autres ?

Drôle de siècle que le vingt et unième. Il faudrait choisir : les citoyens de l’ancien monde ou les communautés du nouveau monde. Cette alternative ne tient pas. Ce serait sous-estimer les vieux principes et les vieilles coutumes qui sont à la base de ce pays, comme enracinés sur son territoire ; Taubira, Peillon, Hamon, Hollande et les soixante-douze autres n’y feront rien. Et les réseaux sociaux auront beau gronder, gueuler même ou s’essouffler encore : “Tout ce qui branle ne tombe pas. La contexture d’un si grand corps tient à plus d’un clou.” Hommage, donc, au citoyen Dupuy, sergent-chef de l’armée française.

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