Culture - Editoriaux - Industrie - Médias - Sciences - Table - 30 juin 2015

Hollywood barbare : l’État islamique à l’école américaine

Les vidéos de destructions et de tueries de l’État islamique empruntent au professionnalisme, à la technologie et au storytelling des pires productions américaines. Leur visuel puise à la même logique anti-humaniste et barbare que les produits hollywoodiens.

La dernière vidéo du Hollywood daechien relate l’exécution de 16 hommes. C’est un chef-d’œuvre d’abjection, non que les images fussent insoutenables, mais en raison de leur froide efficacité, sans émotions ni pathos ou miséricorde (Allah est miséricordieux, pas ses bourreaux).

Les médias choisissent de ne plus diffuser ces vidéos pour ne pas participer à l’œuvre de propagande de l’État islamique. Il faut pourtant les décrypter pour rester en contact avec la ligne de front et comprendre la stratégie de l’ennemi, comme en temps de guerre. Voici mon arrêt sur images :

La vidéo se présente sous forme d’un clip de 7’30, avec paroles du récitant, confession des condamnés, chants coraniques très doux, le logo incrusté de l’État islamique, une belle prise de vue sur fond de paysage montagneux somptueux. Les bombardements meurtriers de l’alliance contre l’État islamique, dont on voit les victimes sous des décombres au début du clip, justifient la mise à mort des espions supposés.

Les condamnés en tenue rouge, semblable à celle des prisonniers de Guantánamo, s’avancent en file indienne, les mains attachées dans le dos, pliés en deux, escortés chacun par son bourreau en tenue militaire, grand, élancé, martial. Chaque condamné a fait son examen de conscience face à la caméra, devant une table, genre séance d’autocritique du stalinisme ; comme une parodie de procès, sans avocats ni juges.

Sans un geste de révolte ou de peur, quatre hommes sont enfermés dans une voiture sur laquelle une roquette est tirée, ils meurent carbonisés, on entend leurs hurlements. Cinq autres sont enfermés dans une cage plongée dans une piscine ; recueillis, on ne sait s’ils prient ; leur noyade est filmée un bref instant ; la cage ressortie de l’eau, la caméra s’attarde sur les visages aux bouches écumantes.

Les sept derniers sont alignés dans le sable, à genoux ; un câble explosif leur est passé autours du cou ; ils sont décapités par la détonation; la vidéo s’attarde sur les têtes détachées du tronc.

L’imagination dans les procédés d’exécution, comme sortis du cerveau malade d’un scénariste pervers, vise au spectaculaire, non au gore, et à n’épargner aucune souffrance aux victimes.

Le pire pour peser sur nos consciences tient au calme des bourreaux et des suppliciés – sont-ils drogués ? -, leur consentement au sort promis, comme des victimes expiatoires, comme l’animal face au couteau du boucher. La technicité et l’ordre trop parfait, presque irréel, dans ces rituels de mise à mort rappellent la froide efficacité des crimes nazis dans les camps d’extermination.

La cruauté ordinaire filmée par l’État islamique vise à sidérer l’ennemi, à habituer ces jeunes Occidentaux élevés dans le coton à la banalité du mal. Les musulmans schizophrènes comme Yassin Salhi sont incités au passage à l’acte et à reproduire le geste de tuer au couteau, à la voiture bélier, à coups de marteau…

L’État islamique séduit les esprits fragiles par ses charmes barbares, s’adresse à la geste animale enfouie dans notre cerveau reptilien, à la force sauvage au service de la pulsion de mort.

C’est aussi aux bas instincts de notre espèce que l’industrie de la sous-culture américaine s’adresse. La barbarie a plusieurs visages. Les islamistes sont à bonne école.

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