Hollande a commencé son mandat comme Mitterrand, en prenant l’autoroute de l’économie à l’envers, mais en scooter alors que son prédécesseur l’avait fait en cortège officiel et en gardant impavidité et prestige lorsqu’il a regagné plus ou moins le bon sens. Hollande a gardé et accentué les erreurs de Jospin, mais avec une crise économique et financière, mondiale et européenne, pour héritage et pour horizon, quand le premier « surfait » sur l’embellie illusoire du changement de millénaire. Et voilà maintenant que le Président affronte le syndrome Malik Oussekine qui avait définitivement paralysé Chirac et inhibé la « droite » pour de longues années, en décembre 1986.

Le temps où, face à des manifestants violents, les forces de l’ordre tiraient après sommations et injonction de se disperser est révolu. Face aux cocktails Molotov des contestataires dont la désobéissance « civile », légitime aujourd’hui par principe, justifie le mépris de la loi et de l’ordre, ceux que la République rémunère pour les défendre sont priés de se désarmer, de se replier, de ne plus protéger la propriété, de ne plus assurer la sûreté des biens et des personnes, d’oublier leur mission de maintenir l’ordre public. Un mort chez les opposants, et la loi Devaquet, pourtant nécessaire, est retirée, le projet de barrage abandonné.

Manque de chance suprême : si la réforme de l’université était une urgence en 1986, comme toutes les réformes que Chirac n’a plus osé faire ensuite dans ses 12 ans de présidence inutile, le barrage de Sivens dans le Tarn semble, lui, très contestable. Non seulement son coût - financé par l’Agence de l’eau, l’Europe et les deux départements concernés - paraît exorbitant, mais dès 2013 la commission faune avait émis un avis défavorable à 16 voix contre deux, le Conseil national de protection de la nature s’était prononcé contre, et les deux experts mandatés par Ségolène Royal ont rendu récemment un avis pour le moins troublant : ce barrage n’est pas une bonne idée, mais les travaux sont trop avancés pour arrêter…

Si la mort d’un homme est toujours une tragédie d’autant plus insupportable qu’elle paraît sans proportion avec les enjeux, cet événement, évidemment récupéré par la contestation actuelle des écologistes à l’encontre du gouvernement Valls, est une condensation du malaise français. Une puissance publique surdimensionnée, obèse et coûteuse, se trouve incapable non seulement de faire respecter une décision légale, mais encore d’avoir pris auparavant les dispositions nécessaires pour rendre cette décision légitime et respectable. Comme de Gaulle le confiait à Peyrefitte, "le pouvoir, c’est l’impuissance". Plus grave encore est la dérive du fonctionnement de la démocratie. Celle-ci a besoin d’une conception claire de la légitimité et de l’ordre. La légitimité suprême est celle du peuple.

À défaut de référendum, ce sont donc les élus du peuple qui la détiennent pour autant qu’ils respectent la Constitution et la loi. Or, dans cette affaire de Sivens, cette légitimité est contestée par des manifestants soutenus par des associations et des partis qui se réclament d’un droit supérieur autoproclamé. Les opposants entravent les travaux, détruisent le matériel, occupent le terrain au mépris de la légalité. Les forces de l’ordre ne font plus régner celui-ci que dans un périmètre restreint et sur la défensive. L’accident survient et un député européen, récidiviste des actions illégales, estime que la police n’avait plus à défendre un espace d’où l’on avait prudemment retiré les engins utilisés pour les travaux. Objectivement, ce n’est pas faux, mais ça revient à légitimer le désordre et la violence, et à délégitimer le maintien de l’ordre. La jurisprudence « banlieue » est en marche !

50 vues

1 novembre 2014

Partager

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • Les liens sont interdits.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement !

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.