La loyauté ou la compétence ? Quel critère doit-il primer dans le choix des hauts postes de la fonction publique, à supposer bien entendu qu’il faille choisir entre deux qualités qui peuvent parfaitement être présentes chez le même homme ?

La Grande-Bretagne exige des membres du « Civil Service » qu’ils s’abstiennent de tout engagement politique. En contrepartie de cette obligation de neutralité, les hauts fonctionnaires, outre-Manche, ont la garantie absolue que les alternances n’affecteront pas le déroulement de leur carrière.

Le « spoil system » (le système des dépouilles) pratiqué aux États-Unis depuis le premier tiers du XIXe siècle obéit à une toute autre logique. Il est entendu que le président doit pouvoir compter sur l’adhésion de son administration à sa politique. En conséquence de quoi, ce ne sont pas moins de 7 000 emplois qui changent de titulaire chaque fois qu’un nouvel élu s’installe à la Maison Blanche, sans que les mérites réels ou supposés de tel ou tel lui vaillent un traitement de faveur. La liste de ces postes à risque est connue, le principe accepté, les titulaires provisoires se recasent comme ils le peuvent et, pour brutale qu’elle soit, l’application de cette règle simple n’est contestée par personne.

L’usage français est bien différent. Préservés par leur statut, les fonctionnaires y bénéficient de la sécurité de l’emploi. En revanche, le gouvernement y demeure largement le maître de leurs affectations et de leur avancement. S’il a pu arriver, sous Henri IV ou Napoléon, que le chef de l’État n’ait en vue que l’intérêt de l’État et refuse de prendre en compte les engagements passés de ses collaborateurs, il n’en est pas de même de leurs lointains successeurs. Aussi n’est-ce pas toujours en raison des vertus et des talents, mais en faveur des copains (et parfois des coquins) que se font les nominations et les promotions, à la tête du client.

Tous les présidents de la Ve République en ont usé ainsi et, sous ce rapport, Hollande n’a rien à envier à Sarkozy, et réciproquement. Membres des cabinets ministériels (qui doublent et coiffent les professionnels de l’administration), préfets, recteurs, directeurs des services, présidents des établissements publics valsent ainsi au gré des alternances et des gages donnés au vainqueur du moment. 50 % des préfets avaient été déplacés six mois après le début du mandat de Nicolas Sarkozy, 50 % des préfets ont été déplacés six mois après le début du mandat de François Hollande. Le reste est à l’avenant. C’est le spoil system à la française : on fait comme les Américains, mais en catimini, au compte-gouttes, dans l’opacité et tout en protestant hautement contre toute accusation de partialité.

C’est peut-être une des raisons pour lesquelles le monde entier ne nous envie plus notre administration.

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6 février 2013

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