L’appel du 11 mars 2016 s’inscrira-t-il dans la mémoire collective, à l’égal de celui du 18 juin 1940 ? Au lendemain de l’événement, on peut déjà répondre, sans risque d’erreur, par la négative. Tout au plus est-il permis de penser que, pendant quelques semaines ou quelques mois, les maîtres de conférences de Sciences Po le feront commenter par leurs étudiants comme un cas d’école, l’exemple même d’une initiative mal conçue et mal venue, et totalement contre-productive…

Cet appel, c’est celui que a lancé vendredi matin, depuis les studios d’i>Télé, à l’adresse des hiérarques du PS, des ministres, des élus locaux, de « tout le monde ». « Le problème », selon Cambadélis, « n’est pas de savoir si Hollande est candidat ou pas, mais de savoir si les dirigeants du PS sont pour qu’il soit candidat ou pas. Donc, maintenant, la question que je vais poser à chaque dirigeant du PS est : “Êtes-vous favorable à la candidature de Hollande ?” »

Que la question soit au centre du débat actuel, et qu’elle préoccupe particulièrement, outre le principal intéressé, les cercles du pouvoir, la rue de Solférino, les militants et le peuple de gauche, ce n’est pas douteux. Était-il pour autant opportun de la poser publiquement et pour ainsi dire officiellement ? Et comment le premier secrétaire du PS qui, pas plus que son prédécesseur, n’est pas tombé de la dernière pluie, a-t-il pu faire un tel pas de clerc ? Est-ce en toute ingénuité, et sans avoir prévu l’accueil qui serait fait à sa proposition, que Jean-Christophe Cambadélis, soutien loyal et maladroit du Machiavel de sous-préfecture qui trône à l’Élysée, a jeté ce pavé de l’ours dans la mare aux canards ? A-t-il agi en service commandé, et l’erreur est-elle imputable au commanditaire ? Ou bien, comme il arrive, le joueur de billard professionnel qu’est Cambadélis avait-il en tête un coup sensationnel à trois bandes pour ne réussir bêtement qu’à crever le tapis ?

Toujours est-il que l’accueil qui lui a été fait n’aura abouti qu’à souligner l’isolement croissant du Président et du dernier carré de ses fidèles. À l’heure où l’appel de Thomas Piketty et des partisans d’une primaire de la gauche suscite un intérêt croissant, alors que la pétition lancée par une féministe obscure contre la loi El Khomri recueille en quelques jours plus d’un million de signatures, l’échec de l’appel pathétique à resserrer les rangs de l’ en débandade n’a fait que souligner à quel point ils s’étaient éclaircis. Le test est assurément probant, mais pas dans le sens espéré.

Que les frondeurs, de plus en plus nombreux et insolents, que les amis de Martine Aubry, que ceux qui se préparent plus ou moins discrètement soit à affronter le Président sortant soit à tenter leur chance, les Montebourg, les Hamon, n’aient réagi que par des ricanements et des railleries n’a rien d’inattendu. Mais il est significatif que les cabinets de et d’Emmanuel Macron, c’est-à-dire des deux personnages qui, bien que nommés et promus par François Hollande, sont à juste titre considérés comme ses plus dangereux rivaux, se soient refusés à tout commentaire. Seuls en définitive une poignée de députés loyalistes, trois ministres et deux secrétaires d’État ont jugé urgent et nécessaire de répondre positivement à la question du premier secrétaire et de se rallier au panache rose du chef de l’État.

« Qui l’aime le suive ! », avait suggéré en somme Jean-Christophe Cambadélis. À la faiblesse des effectifs de ceux qui suivent, on peut mesurer le petit nombre de ceux qui aiment.

12 mars 2016

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