Claire Chazal avait mis sa plus jolie robe de cocktail, ne pouvait faire moins qu’endosser son plus beau costume de président. Il arborait donc, sous les ors, les lambris et sur les Gobelins de l’hôtel Marigny, tellement moins ostentatoires que ceux du palais d’en face, sa veste de président, celle qui ne fait pas de plis, sa cravate de président, celle qui tombe droit, sa chemise de président, immaculée, ses souliers vernis de président, ses ongles manucurés et ses cheveux aile de corbeau présidentiels. Et, bien entendu, le ton, calme, la dignité, sobre, la parole assurée, qui vont avec et qui prouvent qu’on est enfin devenu un président normal, sans guillemets, capable d’assener, sans crainte d’être démenti, à son interlocuteur et aux Français, des contre-vérités tranquilles, grosses comme des maisons, sur l’inversion de la courbe du , la pause fiscale, la reprise, d’assumer, les yeux dans les yeux, ses reniements – le président des patrons, pardon, des entreprises, est-il toujours l’ennemi de la finance ? – ses volte-face – sur la TVA, les droits du Parlement, la fiscalité écologique. Tout cela était assez réussi. Dans le genre…

On signalera cependant à M. Hollande, que, lorsqu’on est président pour de bon, on ne remercie pas, par deux fois, la journaliste qui a eu la bonté de vous accorder une interview. On lui fera observer plus sérieusement que lorsqu’on est président pour de vrai, si un chef d’État étranger, après vous avoir traité – non sans raison – comme un chien, ou comme un rien, daigne vous expédier l’un de ses collaborateurs pour vous expliquer après coup les choix qu’il a faits sans vous, et qui n’étaient pas les vôtres, on ne déroule pas le tapis rouge sous les pas de ce ministre, on le fait recevoir par un ministre de son rang. Il faut savoir ce que l’on est et surtout ce que l’on représente. Bref, il y a encore à faire pour être enfin, un jour, peut-être, à la hauteur du poste qu’on a si ardemment brigué.

M. Hollande était démangé de l’envie de parler du Mali. On le comprend. Émergeant du lot de tout ce qu’il a pu faire plus ou moins de travers depuis qu’il est en place, l’opération Serval apparaît comme son seul et franc succès, du reste massivement approuvé par l’opinion. Pourvu que ça dure. L’actualité lui imposait malheureusement de parler de la Syrie, en présentant comme une « avancée » conforme à ses vœux et où il n’était pas pour rien l’accord conclu dans son dos par les Etats-Unis et la Russie, accord qui le frustre de frappes, éloigne la perspective de la chute du régime syrien et évite une extension incontrôlée de l’atroce conflit dont les trois victimes sont la paix, la vérité et, bien sûr, le peuple syrien.

Dans une tentative désespérée pour sauver la face, le président français ne s’en est pas moins enorgueilli d’avoir été le premier, et à ce jour le seul, à reconnaître la Coalition nationale syrienne comme seule représentative de son pays. Il a réaffirmé sa détermination de chasser du pouvoir le dictateur de Damas pour installer à sa place les démocrates syriens. L’ennui est que la Coalition nationale syrienne, depuis bien longtemps, ne représente qu’elle-même, ou plutôt les divers manipulateurs qui la financent et en tirent les ficelles. Quant à l’Armée syrienne libre, le saisissant témoignage de Domenico Quirico, envoyé spécial de la Stampa et détenu pendant cinq mois par des bandits qui se réclamaient du djihad et des djihadistes qui ressemblaient comme deux gouttes de sang à des bandits, établit clairement qu’elle n’existe pratiquement plus sur le terrain et que la seule alternative crédible au régime de Bachar est aujourd’hui le règne des coupeurs de têtes. Ce qui a amené François Hollande, in extremis, à reconnaître que ce ne serait pas une bonne chose de soutenir au Proche-Orient les frères de ceux que nous avons combattus et que nous pourrions bien de nouveau affronter au Sahel. C’est un progrès. Notre président progresse : encore quelques années au pouvoir et l’ancien premier secrétaire du P.S., vu de loin par un myope, aura assez l’air d’un président. Mais l’habit suffit-il à faire le moine ?

16 septembre 2013

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