Que de louanges, en cet avant-dernier jour de l’année : François Hollande a gracié la condamnée . Gaudeamus !

On nous raconte « des cris de joie », ses anciennes codétenues qui courent près de la berline noire qui l’emporte loin de sa prison mais dont les vitres ne se baissent pas pour saluer les compagnes de misère.

Jacqueline Sauvage est libre. La France respire, à ce qu’il paraît, et la presse en fait ses unes. Les radios se disputent les vedettes qui viennent cracher dans le poste, les journalistes campent devant le domicile de l’héroïne. On rivalise partout de propos convenus. “Tout le monde souhaitait la liberté de madame Sauvage”, dit le maire de Montargis.

Faux : pas tout le monde ! Et surtout pas les magistrats qui dénoncent “une décision prise sous le coup de l’émotion, sous la pression des opinions publiques” par un Président qui n’a jamais étudié le dossier et, bien sûr, jamais assisté aux procès. Lesquels, procès, chaque fois, ont vu un jury populaire condamner la femme martyre.

Philippe Bilger faisait part ici même () jeudi matin de son étonnement devant la grâce présidentielle. Comme ses confrères magistrats, il pointe l’incohérence d’un François Hollande qui offre une grâce partielle et demande aux magistrats de rejuger pour finalement les déjuger !

Les lecteurs de Boulevard Voltaire lui répondent avec beaucoup de bon sens, preuve que la France n’est pas si bêlante qu’on le dit ! La plupart s’étonnent des faits comme je m’en étais moi-même étonnée au moment des procès : pourquoi cette femme est-elle restée 40 ans avec un homme qui la martyrisait ? Pourquoi n’a-t-elle jamais défendu ses filles contre leur bourreau-violeur ? Pourquoi a-t-elle voulu homicider la maîtresse de ce mari honni ?

Mais l’époque n’aime pas la nuance. Baignant dans la couleur, elle ne veut plus que du noir et blanc. On interroge les représentants de la France indignée. Ainsi Muriel Robin, sur RTL, qui avance l’argument massue : 300 à 400.000 personnes ont signé la pétition de soutien à Jacqueline Sauvage. Un clic derrière un écran vaut bien un procès – c’est la nouvelle justice populaire. Pour elle, Jacqueline Sauvage est devenue « un symbole ». Du coup, on lui demande si elle “aimerait l’incarner à l’écran” !

La vérité, c’est l’un des lecteurs de Boulevard Voltaire qui la relève en commentant l’interview de Philippe Bilger : “Hollande s’est payé un conte de Noël gratis et c’est bien là tout ce qui lui reste. Il peut ainsi rassembler autour de lui et, pour la première fois, une unanimité inaccessible.” Il a fait plaisir à madame Julie et à tous ses potes et potesses du show-biz. Et puis il s’est payé une frite face à ces juges déjà traités de « lâches » dans son livre de confidences.

En effet, qu’a-t-il à perdre, le Président normal ? Plus rien. Il peut s’offrir désormais tous les plaisirs qu’il veut, se vautrer dans l’ivresse de la démagogie… Après lui, le déluge !

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