Dans la vie, « le pire n’est pas forcément certain », même si prétendu par Emil Cioran. Quant à cette histoire, tel que le rappelait Jacques Bainville, « où tout s’est toujours mal passé », le deuxième jour de visite hollandaise en tendrait, pour une fois, à infirmer les adages.

Point d’excuses et encore moins de repentance, donc. En revanche, le 20 décembre dernier, en une d’El Watan, quotidien de référence algérois, cette mise au point : « Je reconnais ici les souffrances que le système colonial français a infligées au peuple algérien. Parmi ces souffrances, les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata qui demeurent profondément ancrés dans la mémoire et la conscience des Algériens. » C’est finaud. Il n’évoque pas la « nation » algérienne, inexistante alors, tel qu’asséné par Ferhat Abbas, mais le « peuple » vivant dans ce qui n’était pas encore l’Algérie, mais juste une lointaine province ottomane. Second ruse sémantique qui permet de tordre le serpent de mer de la « torture », soit prendre acte de ce qui fut, plus que des crimes, mais des fautes politiques, indubitablement commises par la France.

Sétif, en effet, commença par une qui dégénéra en émeute, puis en pogrom anti-européen. Lequel causa la de quelques dizaines d’innocents. La répression qui s’en suivit fut, comment dire, disproportionnée : quelques milliers de morts, estimation basse mais raisonnable, par rapport aux dizaines de milliers de victimes revendiquées par le FLN. À ces rappels historiques, François Hollande aurait même pu ajouter le décret Crémieux qui accordait la pleine nationalité française aux Juifs d’Algérie tout en n’accordant qu’une nationalité de seconde zone aux musulmans d’Algérie.

En attendant que ce livre commun à nos deux nations ne se referme, une page décisive, au moins, aura-t-elle été tournée. Au grand étonnement des autorités algériennes qui ont toujours fait plus confiance aux gaullistes qu’aux socialistes. Pour la simple raison qu’entre RPR et FLN, le moins qu’on puisse prétendre est que la du chef y était prédominante et que les deux formations ne s’encombraient pas de querelles de tendances. Soit tout le contraire d’un PS en perpétuelle quête de synthèse. Autre raison de la traditionnelle défiance vis-à-vis des successeurs de la SFIO : leur stratégie de va-t-en-guerre, incarnée par Guy Mollet et… François Mitterrand qui, à l’époque où il était Garde des Sceaux, refusa presque toujours de gracier les soldats du FLN promis à l’échafaud.

D’où cette autre sortie chafouine du Président : « Je viens dire la vérité, et la vérité vaut aussi pour ce qu’a été la gauche dans l’Histoire… » Car évidente créature tontonnesque, François Hollande se place aussi dans la filiation de Michel Rocard, traditionnellement opposée aux guerres coloniales.

Plutôt bien joué, d’autant plus qu’il peut se targuer d’une année passée en Algérie, en 1978, à l’occasion d’un stage de l’ENA. Mieux, en 2006, il est le premier patron du PS à se rendre officiellement dans la capitale algérienne, après seize années de vacance de la rue de Solferino. Bien sûr, certains caciques du FLN jugeront que ce n’est pas assez et d’autres responsables d’associations de Pieds-noirs trouveront que c’est trop. Il n’empêche que la vérité oblige à constater qu’il ne s’agit pas là de de fraises des bois. Et peut-être même d’une heureuse synthèse, dans lequel François Hollande était naguère passé maître. Que Saint-Thèse fasse donc qu’il soit aussi inspiré de notre côté de la Méditerranée…

20 décembre 2012

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